Auteur : Andrée A. Michaud
Date de saisie : 27/05/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : les 400 coups, Outremont, Québec, Canada
Collection : Littérature
Prix : 17.50 € / 114.79 F
ISBN : 2-84596-083-2
GENCOD : 9782845960831
Sorti le : 19/04/2007
«C'était donc à moi et à moi seule d'intervenir quand les signes avant-coureurs de l'orage les rendirent tous sourds, et je m'en veux encore de n'avoir su conjurer la mort, de n'avoir su être Dieu lorsque la foudre s'abattit sur les arbres pour emporter la fillette, et de n'avoir pas deviné quel dessein s'accomplissait alors, car seule une plus grande vigilance m'aurait permis d'extirper cette enfant de l'orage, comme les anges arrachant les innocents aux périls de l'enfer et les montant aux cieux.» À la fois enquête policière, récit psychologique et conte fantastique, Le Ravissement est une libre variation sur les multiples pièges de la mémoire. L'écriture communie au chant noir des mythes anciens, le temps s'enroule, les objets, les lieux, deviennent de redoutables séducteurs pour les lecteurs comme pour les personnages. C'est le miracle du roman, qui impose ce mot : le ravissement.
Née en 1957 au Québec, Andrée A. Michaud a publié à ce jour sept romans, dont Le ravissement, Le pendu de Trempes (éditions Québec Amérique) et Mirror Lake (même éditeur). Son univers est marqué par la mort, la folie et l'exploration d'une mémoire toujours en fuite, à travers des personnages en quête d'une identité et d'une vérité ne reposant souvent que sur l'illusion.
L'ensorcellement
Il y a plusieurs éléments qu'il me faudrait rassembler pour donner à ce récit toute sa cohérence : la vieille dame au chien jaune, la petite fille au bonnet bleu qui courait dans le pré, toute petite, comme une petite fée qui aurait fait pousser les fleurs au-dessus de sa tête, le chien nommé Alfie qui gambadait sans cesse, le verger chargé de ses fruits avec, au centre, celui que j'avais baptisé le pommier de la sorcière, le plus beau, d'une beauté qui me semblait maléfique, l'homme à la légère claudication qui passait tous les matins devant ma fenêtre avec son journal et sa casquette des Yankees de New York, la dame au chapeau de paille qui sarclait son jardin, et leur antithèse, de l'autre côté de la clôture séparant l'espace en deux mondes distincts, personnifiée par deux adolescents qui rompaient l'harmonie des lieux en roulant à toute allure sur leurs motocyclettes. Et puis, et puis, sur tout cela, la lumière de l'été, l'extraordinaire lumière de l'été.
Aujourd'hui, tous ces personnages et toutes ces choses me semblent encore figés dans la même pose, condamnés à n'être jamais que ce moment arrêté. La vieille dame s'avance vers moi en souriant et le chien jaune vient battre de la queue contre ma cuisse. Autour de la petite fée, les fleurs poussent, poussent, mais j'aperçois toujours son bonnet bleu par-dessus les boutons-d'or. Alfie gambade, petite tache blanche sur l'herbe verte, pendant que l'homme à la légère claudication passe avec un journal qui doit dater d'au moins dix ans.
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