Auteur : Collectif
Date de saisie : 27/05/2007
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Temps des cerises, Pantin, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-84109-664-0
GENCOD : 9782841096640
Sorti le : 07/05/2007
Y aura-t-il encore une Syrie demain ? La question pourra paraître provocatrice à certains, douloureuse à beaucoup, en tout cas à l'immense majorité du peuple syrien. Car tout se passe ici en France comme si l'on voulait préparer l'opinion à accepter que le chaos meurtrier qui sévit en Irak depuis l'intervention de la coalition étasunienne se diffuse comme un cancer dans toute la région. La Syrie y est pointée - en compagnie de l'Iran - comme le sinistre deus ex machina qui tirerait les ficelles sur ce théâtre tragique...
Depuis plus de quinze ans, L'Appel franco-arabe, en pleine indépendance à l'égard des régimes et des gouvernements, choisit d'intervenir avec le souci premier de la vérité lorsqu'un pays ou un État du monde arabe est jeté en pâture à l'opinion pour des motifs réels souvent inavouables. Des membres de l'association, des amis aux compétences et expériences diverses se sont rendus en Syrie pour y rencontrer les acteurs de la vie sociale et culturelle, les responsables politiques jusqu'au premier d'entre eux.
Face au déferlement des discours simplistes, nous avons voulu rendre compte de la richesse concrète d'un pays millénaire, d'une société contrastée avec ses espérances et ses frustrations, d'une histoire politique qui a comme la nôtre ses grandeurs et ses ombres.
Jean-Pierre Bastid
François Chevalier
Francis Combes
Maurice Cury
Sliman Doggui
Bruno Drweski
Patricia Latour
Pierre Lévy
Jean-Michel Vernochet
Yves Vargas
Le chemin de Damas, L'avenir d'un peuple
Comment on fabrique un coupable
par Sliman Doggui et Yves Vargas
Le 14 février 2005, une bombe d'une puissance considérable (une tonne de Tnt) explose et pulvérise la voiture blindée de Rafic Hariri, ancien premier ministre du Liban. Au fur et à mesure que les jours passent, il apparaît avec évidence que la Syrie est à l'origine de cet assassinat. Une évidence si massive que personne ne la discute, et chacun s'étonne, ou s'indigne, du refus, chez les Syriens, de se reconnaître coupables. Il est évident pour tous que la Syrie, son gouvernement, voire son Président en personne, sont les organisateurs de l'assassinat. Fort bien, nous ne discuterons pas cette «évidence», puisqu'elle est évidente, nous discuterons plutôt de la vérité de cette évidence, car chacun sait qu'une évidence peut très bien être fausse tout en étant évidente : il est évident qu'un bâton plongé dans l'eau est tordu puisqu'on le voit tordu, et pourtant il est droit. Il existe en effet deux catégories principales d'évidences, celles qui sont fondées sur les faits, et celles qui sont fondées sur l'opinion. Si tout le monde a vu le boucher poignarder la concierge, sa culpabilité est évidente, c'est une évidence de fait. Si la concierge est trouvée morte poignardée, il se peut que tout le monde accuse le boulanger parce qu'il est mécréant, buveur, menteur, impoli, etc., et qu'on ne l'aime guère : c'est une évidence d'opinion. Une telle évidence paraît bien faible, mais on ne tardera pas à trouver des tas de bonnes raisons pour la renforcer, pour la confirmer, pour la rendre irréfutable. Nous disons bien «pour la confirmer» et non «pour la prouver», ce qui est très différent. Dans notre cas, on trouvera que le boulanger avait des dettes, qu'il avait déjà menacé le curé, qu'il avait tué son chien l'an dernier... En un mot on le diabolisera, c'est-à-dire que, faute de pouvoir prouver l'acte, on montrera que le suspect est, par nature, l'auteur de l'acte. Il est si méchant, si désagréable que sa nature même le désigne à l'avance ; on dresse un tableau du suspect de telle sorte que l'assassinat viendra s'y insérer harmonieusement, au point que si l'assassinat n'avait pas eu lieu, ça manquerait. C'est le mécanisme des procès d'inquisition, qui ne pouvant prouver les faits, construisent autour du coupable désigné une figure qui le transforme en monstre.
Concernant la culpabilité évidente de la Syrie dans l'assassinat de Rafic Hariri, il nous faut interroger l'évidence des faits et celle de l'opinion. Il ne s'agit pas de faire l'enquête à la place des enquêteurs mais de constater dans quelle ambiance cette enquête a été faite et comment elle a été reçue.
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