Auteur : Hugo Marsan
Date de saisie : 22/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-7152-2510-7
GENCOD : 9782715225107
L'auteur a mis en exergue une réflexion de Roland Barthes : «L'être que j'attends n'existe pas.» Comment faire sans lui ? C'est pourquoi, de livre en livre, Hugo Marsan explore la froideur polaire des existences que réchauffe, un temps, l'«illusion comique». Écrivain, journaliste au Monde, il accomplit une oeuvre à l'écart des projecteurs. Aux éclairages des plateaux, M. Marsan, auteur de quatre recueils de nouvelles et de huit romans, préfère sa lampe de bureau... Des hôtels de passe de Pigalle aux salons des ministères jusqu'aux horizons de Belle-Ile-en-Mer, Véréna et les hommes est le roman d'une époque. Ce qu'il y a de macabre parfois dans le récit et la précision de certaines scènes peuvent choquer, comme la vie elle-même scandalise à certains moments... Dans ce roman polyphonique où chacun s'exprime à tour de rôle, l'auteur intervient parfois pour reprendre le micro, lorsque ses personnages semblent à bout de nerfs. Il faut dire que les voix des protagonistes prennent un certain temps avant de se définir, si bien que la première partie, intitulée «Tous ces rivages», est un peu confuse. Nous passons d'un narrateur à l'autre, du genre épistolaire au roman d'action, avant que l'auteur ne règle soudain telle ou telle figure du ballet à la troisième personne. Le maniérisme qui colore l'exposition ne dure pas, Dieu merci ! et les premières pages, par trop «psychologiques», cèdent vite la place à une suite magnifique.
Dès lors M. Marsan en pleine possession de ses moyens nous émeut, et il en va ainsi jusqu'au dénouement... Chimère, mirage, poussières d'étoile, que le romancier saisit au vol, entre les mots, recueillant dans le compte rendu de ce naufrage nos applaudissements. Et le comique n'est pas absent. L'a-t-on compris ?
Au centre, il y a Marcel, l'écrivain autour duquel gravite un groupe d'amis qu'il influence et manipule. Pendant des années, Marcel les a réunis chaque dimanche soir, «leur imposant un rôle qu'ils avaient fini par interpréter à la perfection». Et puis un jour, vieillissant, Marcel s'est retiré à Belle-Ile, dans une maison solitaire dominant la mer. En son absence, le groupe se disloque, ses amis lui échappent, se perdent dans le dédale des passions et le désordre des identités sexuelles, exacerbés par l'intrusion, dans le cercle jusque-là fermé, de deux êtres mystérieux autant que destructeurs, Véréna et Jérémie... Véréna et les hommes est un troublant salut à la fiction, exercice dont l'auteur connaît les risques. «La fiction est dangereuse, écrivait-il dans La Gare des faux départs, elle pointe du doigt les vérités souterraines. Elle décolle les masques.» Et c'est sans doute cela qui rend ce nouveau texte si bouleversant... Eblouissant de lucidité et de sincérité, porté par l'élégance aiguë de l'écriture, Véréna et les hommes résonne comme une sorte de testament d'une insondable mélancolie...
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