Auteur : Philippe Jaccottet
Date de saisie : 25/05/2007
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Arléa, Paris, France
Collection : Arléa-poche, n° 110
Prix : 7.00 € / 45.92 F
ISBN : 978-2-86959-778-5
GENCOD : 9782869597785
Sorti le : 10/05/2007
«Ecrire ! À quoi bon une oeuvre, disait Marcel Arland, si elle ne peut se confondre avec l'amour, et si le chant qu'elle ébauche, tandis que je vais sur ma fin, ne peut monter d'un coeur plus nu ?»
Ces quelques mots illustrent admirablement le talent de Philippe Jaccottet, l'exigence, la rigueur et l'honnêteté de toute une vie consacrée à la poésie et à la traduction des plus grands.
Au cours de cet entretien entre un jeune homme, aujourd'hui professeur agrégé de lettres modernes, et un poète, il nous est permis d'entrevoir les cheminements mêmes de l'expérience poétique, la fragile beauté du paysage, les choses et leurs secrets, l'apparente tranquillité des mots, l'inquiétude souveraine et la résistance au monde.
Reynald André Chalard enseigne la littérature au lycée et à l'Université.
Entretien avec Reynald André Chalard
Commander ce livre sur Fnac.com
D'un coeur plus nu
C'est parce que la poésie de Philippe Jaccottet est inséparable du petit jour, de la respiration, de la vie ici-bas qu'elle bouleversa le tout jeune homme que j'étais, élève d'une khâgne de province qui ne jurait que par Hugo, Baudelaire et Rimbaud, et devait lire l'auteur de L'Ignorant pour les besoins d'un concours difficile.
C'était en 1986. Habitué aux altitudes romantiques et obsédé par l'infini poétique, je ne compris pas tout d'abord la voix qui s'exprimait à travers ces Paysages avec figures absentes. Le secret des choses, la patience du poète, l'ignorance avouée de poème en poème, tout cela m'apparaissait, à la lecture, dans un faible halo qui apaisait ma vue trop longtemps éblouie par ces voleurs de feu que j'aimais avec ferveur - telle était du moins la sensation que j'éprouvais alors. Mais cette apparente tranquillité suscitait curieusement d'autres inquiétudes, révélait d'autres résistances qui retenaient mon acquiescement. Quel était le sens de ces «paroles dans l'air» d'un poète qui veille comme un berger, et tente d'entrevoir la fragile beauté de ce monde ?
Un poème de L'Effraie intitulé «La Traversée» m'apportait une première réponse. Dans ces paysages de Sicile et du sud de l'Italie, ce n'était pas la Beauté idéale, «rêve de pierre» baudelairien, qui se donnait à voir, mais «celle qui s'enfuit», «perdue comme une graine, livrée aux vents, aux orages, ne faisant nul bruit, souvent perdue, toujours détruite ; mais elle persiste à fleurir, au hasard, ici, là, nourrie par l'ombre, par la terre funèbre, accueillie par la profondeur» (La Semaison, mars 1962).
Si le rêve peut faire illusion, les fleurs, elles, ne mentent pas. Philippe Jaccottet esquissait ainsi un «art» poétique voué à «concilier, ou du moins à rapprocher, la limite et l'illimité, le clair et l'obscur, le souffle et la forme». Il montrait que ce rapprochement nous ramenait à des questions centrales, métaphysiques. Le poème n'était pas un jeu de mots, un artifice littéraire.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli