Auteur : Denis Grozdanovitch
Date de saisie : 29/06/2007
Genre : Essais littéraires
Editeur : Lattès, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-7096-2748-1
GENCOD : 9782709627481
Sorti le : 09/05/2007
" Tous ces instants passés à courir derrière une balle, au cours de ma vie, me semblent non seulement ne faire qu'un long moment inespérément suspendu depuis l'enfance, mais encore demeurer les seuls susceptibles de m'être comptés au nombre des rares joies sans mélange que la mort elle-même ne pourra me ravir, car ils s'inscrivent au coeur de l'unique dimension d'éternité directement palpable en ce monde transitoire : la pure extase ludique.
" En une dizaine de textes, encore une fois tirés de ses carnets et qui sont autant de récits et de portraits où fourmillent les anecdotes et les préceptes, sans jamais se départir du sens du comique qui caractérise ses précédents ouvrages - sur les meilleurs coups de votre adversaire, ne lâchez jamais un seul bien joué, levez les yeux au ciel comme si tout ce qu'il réussissait relevait d'une chance insensée et exclamez-vous : Ah ! Là, là ! Mais j'hallucine ! -, Grozdanovitch, tour à tour chroniqueur, philosophe ou psychologue, nous enseigne comment adapter les pratiques ludiques à la vie de tous les jours et nous livre un véritable précis de stratégie existentielle à l'usage de ceux qui regardent la vie comme un perpétuel défi sportif.
Ne s'agit-il pas, en effet, de faire bonne figure face au mur du destin qui, sans le moindre état d'âme, ne cesse de renvoyer la balle dans notre camp ?
Denis Grozdanovitch a longtemps mené une double vie d'érudit et de sportif professionnel (tennis, squash et courte paume). En 2002, il publie son Petit traité de désinvolture qui obtient le prix de la Société des gens de lettres et devient un livre culte pour ses nombreux lecteurs. En 2005, paraît Rêveurs et nageurs, prix des Librairies Initiales, et l'année suivante, Brefs aperçus sur l'éternel féminin qui reçoit le prix Grand-Chosier.
Denis Grozdanovitch a donc puisé, pour ce quatrième ouvrage, De l'art de prendre la balle au bond, dans son passé d'homme de raquette. C'était hier, mais, à l'aune du professionnalisme forcené, cela sent bon son siècle dernier. Une époque bénie, où les pragmatiques n'avaient pas encore détrôné les stylistes ni les attentistes désespéré les attaquants; où le Pierrot lunaire australien Rod Laver dansait sur les courts; où l'Américain Budge Patty hantait de sa superbe les tournois de la planète. Seuls rescapés, ou presque, aux yeux de l'auteur, du «conformisme tyrannique» d'aujourd'hui, le Suisse Roger Federer, «dieu descendu de l'Olympe», et la Belge Justine Hénin, «farfadet fragile et déterminé»...
Sous la plume sinueuse de Grozda («Les phrases longues me donnent le sentiment d'une furtive éternité et les courtes de la tachycardie»), les scènes d'anthologie se succèdent : souvenirs d'un match à Saint-Denis, sous les huées d'une foule déchaînée, ou bien leçons délivrées à une cohorte d'élèves totalement azimutés - un baron inapte, deux Vietnamiens alcooliques, un psychiatre radin, une grande bourgeoise butée, un surdoué mélancolique... Grozda reconnaît galéjer, parfois. On est à peine rassurés. Réjouissant !
Denis Grozdanovitch a été champion de France junior de tennis en 1963, champion de France de squash en 1975, champion de France de paume en 1989. Ce palmarès donne idée de sa passion pour les sports et de sa ténacité dans la compétition. Depuis son fameux Petit Traité de désinvolture, il écrit et publie avec succès. Malgré tant d'activités, il se définit comme «un tueur de temps actif», amoureux des échecs, des flâneries, des lectures, des femmes et des bistrots. C'est dire que l'on a affaire à un sacré numéro. Méticuleux, forcément perfectionniste, il est du genre qui note tout, s'intéresse à tout. Il en résulte pour nous un plaisir : celui de voir bousculées les catégories et les étiquettes, en rencontrant dans cet Art de prendre la balle au bond, un «sportif-intellectuel». Il faut rendre hommage à son ambition : quoi de plus difficile en effet que de mettre le geste en mots, le jeu en récit, la compétition sportive en question ?
De l'art de prendre la balle au bond», sous-titré «Précis de mécanique gestuelle et spirituelle», est un bijou d'humour, d'ironie et de délicatesse. Il y est question de toucher, de trucs, de tricheurs, de flâneries, de snobs, de course à la comitarde, de conquête de Sandra seulement par le verbe, de joueurs qui s'insultent eux-mêmes, de gagneurs teigneux inenseignables, de courte persistance rétinienne mimétique, et même, le croirez-vous, de tennis, de squash et de jeu de paume, toutes disciplines dont il est depuis son plus jeune âge l'exaspérant champion en titre...
On dit qu'il y a deux catégories de joueurs : les bavards et les taiseux. Or non seulement Grozdanovitch parle, commente, argumente, enjolive, mais en plus il écrit. La page blanche est la continuation de son match. Il n'est pas dupe de sa nostalgie du mur d'entraînement, enfoui sous les lierres du club de son adolescence. Il sait que sa quête incessante de «la pure extase ludique» est le fil qui le relie à l'enfance. Ne jamais oublier qu'au fond tout cela n'est qu'un jeu. Au vestiaire, une image s'échappe de son portefeuille : c'est une carte postale pieuse représentant une équipe de cricket disputant une partie sur un gazon bien ras au milieu de vertes collines bien anglaises. L'idéal de l'harmonie retrouvée entre l'homme et la nature, un monde apaisé régi par des lois immuables, une certaine grâce échappée de cette communion. Quelque chose comme la légèreté, enfin.
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