Auteur : Patrick Lienhardt | Olivier Philipponnat
Date de saisie : 21/08/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-246-52901-9
GENCOD : 9782246529019
Roger Stéphane (1919-1994) a été une figure de premier plan de la vie littéraire et journalistique française. Né Roger Worms, d'une riche famille de la bourgeoisie juive parisienne, ce jeune homme frivole, passionné de littérature, homosexuel proclamé, fait très tôt la connaissance de plusieurs grands écrivains qui auront une influence déterminante sur lui, comme André Gide, Roger Martin du Gard et André Malraux, qui le font s'orienter vers la «réflexion engagée». Entré en résistance au cours de l'été 41, Roger Stéphane est emprisonné deux fois et s'évade deux fois. Le 19 août 1944, alerté par Jean Cocteau, il va libérer l'Hôtel de Ville et, transformé en capitaine de vingt-cinq ans, prend un repos bien mérité au Ritz. En 1950, Roger Stéphane est un des co-fondateurs de L'Observateur, l'ancêtre de l'actuel Nouvel Observateur. Cela ne lui fait pas oublier ses activités d'écrivain, puisqu'il publie un de ses livres essentiels, Portrait de l'aventurier. Il s'engage en faveur de la décolonisation, conseille ses amis Mendès France et Bourguiba. En 1958, il se rallie au général de Gaulle qu'il fréquente jusqu'en 1970 et, à travers la célèbre série des «Portraits-Souvenirs», devient un des pionniers de la télévision culturelle. A la fin de sa vie, endetté, seul, la plupart de ses amis étant morts, Roger Stéphane organise son suicide en vrai stoïcien. Artiste de la conversation, mêlé de près à tous les combats politiques de son temps qu'il aborda avec une rare lucidité, Roger Stéphane est un personnage clé de sa génération : celle qui eut vingt ans en 1940 et dont ce livre est aussi le portrait.
Il y aura bientôt dix ans que Roger Stéphane s'est suicidé. Cet été, lors des commémorations de la Libération de la capitale, certains n'avaient pas hésité à l'enterrer une nouvelle fois: son nom n'avait pas été cité. Mais toute mort, comme toute vie, reste une aventure. Voici «l'honnête homme à noeud papillon» (Bayon) ressuscité par deux biographes, Patrick Lienhardt et Olivier Philipponnat (Roger Stéphane. Enquête sur l'aventurier).
C'est un Stéphane étonnamment enjoué qu'ils ont tiré d'un bref purgatoire traversé par de nombreux courants d'air. Toujours curieux de tout, fidèle à l'original, capable de surprendre ceux qui vont découvrir cette attachante personne, mais aussi ceux qui pensaient le connaître. Stéphane (1919-1994) avait toujours «cloisonné», comme on dit. Il évoluait dans plusieurs cercles d'amitié et passait de l'un à l'autre avec une agilité d'éphémère. Pour la première fois, nous le tenons en pied. Cette nouvelle perspective ne déçoit pas. Stéphane nous est rendu avec talent, lucidité et sympathie... Certains n'ont pas voulu comprendre, ni ses impatiences ni ses fantaisies. Ils ont parlé de Stéphane comme d'un «Lawrence de pissotière» (François Sentein), d'un «inquisiteur sadique» (Sacha Guitry, en 1945) et même d'un «fasciste» (ses camarades de France Observateur, en 1958). Tous propos nés des circonstances et de la passion politique, mais démentis par ce que nous rapportent ceux qui ont mis leurs pas dans le labyrinthe de son existence. Stéphane a toujours pris sa vie comme terre d'expérience d'une entière liberté... Rien n'a jamais remplacé ses émissions sur Proust ou sur le temps des cathédrales. Comprendra-t-on enfin qu'il nous parlait d'avenir ? Après tout, qu'importe ? Stéphane est de retour, c'est l'essentiel, tous ses amis, connus ou inconnus, se réjouissent.
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