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Prêcheurs de haine : traversée de la judéophobie planétaire

Couverture du livre Prêcheurs de haine : traversée de la judéophobie planétaire

Auteur : Pierre-André Taguieff

Date de saisie : 18/10/2004

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Mille et une nuits, Paris, France

Collection : Essai

Prix : 32.00 € / 209.91 F

ISBN : 978-2-84205-720-6

GENCOD : 9782842057206

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  • La revue de presseEric Conan - L'Express

Pierre-André Taguieff, qui nous a habitués aux gros ouvrages baroques pleins de détails et de détours, vient de se surpasser avec ce pavé de mille pages chargées de centaines de notes, dont beaucoup constituent de véritables petits articles. C'est qu'il y a deux livres mêlés dans cette Traversée de la judéophobie planétaire. D'abord - et cela explique la dimension de l'entreprise - un recensement, tant sur la scène française qu'internationale, de toutes les affaires, polémiques et disputes de ces dernières années relatives à l'antijudaïsme, à l'antisémitisme et à l'antisionisme, chacun de ces termes faisant l'objet d'éclairantes mises au point. Ce travail d'érudition ne négligeant rien (chronologies, verbatim, réactions, sources) va s'imposer comme l'encyclopédie de référence des incidents judéophobes, petits ou grands, de Garaudy à Dieudonné et de Durban aux émissions d'Al-Jazira.

Cet inventaire pointilleux permet de diagnostiquer le retour en force de l'un des grands mythes politiques modernes : la «conspiration juive»... La réévaluation du rôle qu'a joué l'Union soviétique constitue l'un des apports les plus intéressants de cette histoire de l' «inversion du même», que retrace Pierre-André Taguieff. Le thème du «complot sioniste international» complice de l' «impérialisme américain», qui prolifère depuis peu en Europe dans les milieux radicaux, fut instillé par Moscou dans les pays arabes dès les années 1950 et 1960. La fameuse résolution de l'ONU de 1975, assimilant sionisme et racisme, résultait directement de cette campagne soviétique... Le deuxième livre, nourri de ce relevé documentaire du discours judéophobe qui se répand à la surface de la planète, appartient à un autre genre : celui de l'essai politique, polémique, militant. Et inquiet. La thèse ici défendue est que l'Occident démocratique est confronté au danger d'un «nouveau communisme», islamiste, relayé en Europe par les mobilisations «islamo-gauchistes». Le ton et les accusations de cette mise en garde ne ménagent ni ceux qu'elle désigne comme des ennemis de la démocratie ni leurs complices. Mais, à suivre Taguieff, le risque principal vient d'une faiblesse interne à la démocratie déjà éprouvée au XXe siècle : sa difficulté à nommer et à prendre au sérieux ses ennemis imprévus. Et le refus de les voir. L'auteur dresse la liste troublante des signes de cécité accumulés ces dernières années... L'ouvrage abonde en exemples dont la presse n'a guère fait état, comme celui de l'affaire de la nouvelle Bibliothèque d'Alexandrie, construite avec des fonds de l'Unesco: l'on a découvert, lors de son inauguration, en novembre 2003, que, parmi les «livres saints des religions monothéistes», le directeur de son musée des vieux manuscrits avait placé, à côté des rouleaux de la Torah, un exemplaire de la première traduction arabe des Protocoles des sages de Sion, présenté comme «un des textes doctrinaux sacrés des juifs, leur première Constitution, leur jurisprudence, leur façon de vivre». Avec cette précision : «Il se peut que le livre des Protocoles des sages de Sion soit plus important que la Torah pour les juifs-sionistes du monde, puisqu'ils gèrent leur vie sioniste selon ses principes.» Depuis la guerre des Six-Jours, ce faux antisémite, rédigé en Europe au début du xxe siècle et devenu l'un des pivots de la propagande nazie, est désormais majoritairement imprimé et diffusé dans les pays arabes, et sa thématique revient en Europe en toute impunité par le canal des télévisions diffusées par satellite... Pierre-André Taguieff, qui redoute le «risque de conjonction» entre antisionisme, antiaméricanisme, islamisme et nouvelles radicalités, anticipe le reproche de pessimisme en rappelant, avec le philosophe Leszek Kolakowski, que l'on oublie souvent que l'Histoire est aussi faite de «régressions»: «Nous sommes les témoins largement impuissants d'une formidable régression culturelle où la pensée manichéenne et les délires apocalyptiques règnent en maître.» Il observe que l'invocation intensive de la Mémoire, par le biais de l' «indignation rétrospective» et de la «dénonciation commémorative», ne fut d'aucune utilité: «La fixation du regard sur le passé, dans ce qu'il a pour nous d'intolérable, sert trop souvent à voiler le présent.» Et à oublier l'une des principales leçons de l'Histoire : la conscience du tragique est rarement contemporaine de sa nouveauté.


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