Auteur : Éric Rohmer
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-07-078515-5
GENCOD : 9782070785155
Ce livre a été écrit sous les balles.
C'est-à-dire que les balles sifflaient devant ma fenêtre. J'habitais, au moment de la libération de Paris, en août 44, un hôtel du Quartier latin, dans une rue adjacente à la rue Soufflot où se sont produites plusieurs escarmouches. C'est précisément à cette période-là que, bloqué dans ma chambre, n'osant mettre le nez à la vitre, j'écrivais Elisabeth. En même temps, je me posais la question : " Est-il possible d'écrire sur les événements présents ? " Ma réponse était : " Non, on ne peut pas, il faut du recul.
" Et je n'ai pas changé sur ce point.
Les hommes s'appellent Michel ou Bernard, les femmes Irène, Claire, Elisabeth, Louise, Jacqueline, Françoise ou Marie-Thérèse. D'une manière pointilliste, l'auteur distille délicatement indice sur indice pour camper la situation et la condition des personnages, sans oublier les liens qui les unissent. Ces prénoms sont comme des idées abstraites qui, au fur et à mesure, trouvent leur incarnation sur le papier. Si cet exercice, qui pourrait être ennuyeux, captive grâce à la grande beauté de la langue, La maison d'Elisabeth vaut aussi pour sa portée prophétique. Avant d'avoir réalisé le moindre film, Rohmer avait déjà tout son univers dans le roman : un flux quasi ininterrompu de dialogues d'où surgissent soudain un détail essentiel, un art du marivaudage, sans oublier une passion pour les jambes des femmes. Et leurs genoux, évidemment...
Les films d'Éric Rohmer énervent ou émerveillent, sa métaphysique des sentiments, ses acrobaties du coeur, son naturel abstrait et féerique. Mais on ignorait qu'il commença par un roman, publié en 1946, sous pseudonyme et réédité aujourd'hui. Une continuité de dialogues sans préambules habite La Maison d'Élisabeth. C'est une fine balistique d'approches amoureuses, d'impacts discrets, de détours, de ricochets, de menaces, d'ondes invisibles...
Cet entrelacs sinueux des états du coeur se déroule dans une maison entourée d'un jardin, l'été, parmi les fleurs, leur texture, les fruits : pêches, prunes, les jeux obsédants de l'ombre et de la lumière...
Toutefois, derrière cette nature splendide, saisie dans la mobilité et l'éternité de ses cycles, perce une tristesse dont la nuance secrète est la tonalité de ce roman neuf. Un art où, déjà, le naturel, loin de tout naturalisme, conquiert son autonomie surnaturelle.
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