Auteur : Kathy Hepinstall
Traducteur : Cécile Leclère
Date de saisie : 22/05/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Archipoche, Paris, France
Collection : Archipoche
Prix : 5.00 € / 32.80 F
ISBN : 978-2-35287-040-1
GENCOD : 9782352870401
Kathy Hepinstall
L'ENFANT DES ILLUSIONS
Martha vit dans la terreur depuis qu'un meurtrier a abattu un enfant dans l'école de Duncan, son fils de six ans. Et si une telle tragédie se reproduisait ?
Une nuit, décidée à soustraire son enfant aux dangers de la civilisation, Martha prend la fuite et trouve refuge dans une grotte, près des rives du Rio Grande, où ils emménagent et vivent en ermites.
Inquiet pour la santé mentale de Martha, son mari engage un détective privé qui part à sa recherche...
Après des études de littérature et de cinéma, Kathy Hepinstall a travaillé dans la publicité avant de se consacrer à l'écriture. Son roman Un été sans miel (L'Archipel, 2004) a été salué par la critique.
«Une fin inattendue et brutale qui donne un souffle extraordinaire à ce roman, comme un goût de Sixième Sens.»
The Washington Post.
Le détective détestait que l'on observe son visage. Un coup d'oeil en coin, puis un autre, plus appuyé, en direction de la cicatrice. Rose tirant sur le rouge, en forme de feuille. Il s'était battu dans un bar, un soir, complètement saoul, et quelqu'un lui avait donné un coup de couteau sur la joue. D'habitude il portait la barbe pour cacher la cicatrice, mais de temps en temps il la rasait, en espérant que le regard des gens serait redevenu normal. Et pourtant, devant lui, à la porte, cet homme, secoué par le chagrin, rongé par l'inquiétude, se permit un regard curieux avant de détourner les yeux.
- Vous êtes le détective ? demanda l'homme.
- Oui.
- Je suis David Warden.
L'homme sur le pas de la porte, séduisant, avait des cheveux foncés, une barbe de quelques jours. Le détective lui serra la main et le suivit dans le salon. L'homme ne l'invita pas à prendre un siège ; au lieu de cela, il ralentit le pas et s'écarta. Le détective était habitué à ce genre de comportement, les gens s'en remettaient à lui, comme s'il pouvait établir où se trouvaient les êtres aimés d'après l'angle des stores vénitiens, l'imperfection du lambris, la couleur d'un abat-jour. Il s'exécuta, parcourut la pièce, observa la cheminée, les canapés bleu foncé, les rideaux de chintz qui pendaient, immobiles, devant la fenêtre. Un unique tableau couvrait la moitié du mur au-dessus de la cheminée. Il représentait un vaste littoral, un océan agité surmonté d'un globe solaire dans un coin, qui avait versé une goutte de jaune dans la mer bleue, la teintant d'une bonne dose de vert. Au loin, dans ce paysage, il distingua la minuscule silhouette d'un cavalier.
- C'est Martha qui a acheté ça, à une de ces ventes d'artistes maudits, dit l'homme. Le matin, elle s'asseyait là pour boire son thé en le contemplant. Personnellement, je n'y tiens pas beaucoup.
Le détective hocha la tête, enfonça les mains dans ses poches de pantalon et ne dit rien. Ses doigts se mirent à tripoter un vieux papier d'emballage au fond d'une poche.
L'homme fit demi-tour et le guida jusqu'à la cuisine. Dans l'évier s'empilaient des assiettes, la table débordait de courrier et, dans un bourdonnement, le répondeur clignotait avec obstination.
- Pardonnez le désordre, dit-il. Je ne suis pas très doué pour la vie de célibataire.
Pour toute réponse, le détective se contenta de hausser les épaules, mais ses yeux enregistrèrent le moindre détail, même l'ironie et le léger accent de colère dans le mot «célibataire».
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