Auteur : Olivier Mongin
Date de saisie : 15/05/2007
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Hachette Littératures, Paris, France
Collection : Pluriel
Prix : 7.50 € / 49.20 F
ISBN : 978-2-01-279365-1
GENCOD : 9782012793651
Sorti le : 09/05/2007
Olivier Mongin est directeur de la revue Esprit. Il a notamment publié Buster Keaton (Hachette Littératures, 1996) et La Condition urbaine (Éd. du Seuil 2005) ainsi que Face au scepticisme dans la collection «Pluriel» (1998).
On rit plus que jamais et les comiques sont parmi les plus grandes stars du spectacle aujourd'hui. Consacré à quelques-uns des comiques les plus populaires de la France d'aujourd'hui, ce livre s'interroge sur les ressorts de ce succès : de quoi rions-nous ? Du sexe, des identités ethniques, des appartenances communautaires. Les analyses consacrées à Jamel Debbouze, Gad Elmaleh et Fellag montrent qu'ils inventent un comique de la migration territoriale et jonglent avec les identités. La relecture de Feydeau, grand orfèvre en matière de désir et de sexe, permet de comprendre comment les spectacles de Bigard font rire en visant bas. D'où cette seconde interrogation : comment rions-nous ? Alors que la télévision formate un rire parfois médiocre, des artistes du rire arpentent avec bonheur la scène hors des studios. Le rire demeure cet exercice corporel et langagier qui renvoie à une manière d'être ensemble et de faire corps.
Le rire piégé par la télévision
Sur les écrans, petits et grands, les occasions de rire se sont multipliées ces dernières années. Cela contredit ceux qui croyaient que, vu la crise, la terreur, les peurs, il devenait difficile de rire. Mourir, peut-être, «mourir de rire», certainement pas ! Quelle inconvenance en ces temps tragiques ! Si les horreurs du monde n'empêchent donc pas les crises de rire en tout genre, le rire contemporain n'est guère comparable avec celui des années 1960 ou 1970. Impossible de le dissocier de la profusion d'émissions de télévision qui, classiques, innovantes, convenues, vicieuses, vulgaires, le formatent désormais. Parallèlement au petit écran, le rire se développe également à grande vitesse sur Internet où la liberté de se moquer et la méchanceté féroce s'affichent en toute impunité. A la télévision, des vidéogags permettent à chacun de faire rire de son dernier délire filmé avec une caméra numérique ou bien on suit les contorsions des derniers humoristes consacrés. Les comiques et humoristes qui se contentent d'une histoire drôle, d'un sketch, d'un clip comique, d'une séquence du type Un gars, une fille ou de Caméra Café font rire au coup par coup. Le rire qui se déverse sur les écrans est rapide, vif, voire violent, il s'inscrit dans la courte durée et ne fournit plus guère l'occasion de raconter «l'histoire d'un mec» à la Coluche. On assiste à une érosion de la capacité narrative des humoristes. Gags, histoires drôles, vannes, tels sont alors les ingrédients des talk-shows où des animateurs, humoristes et vanneurs, ont pour tâche de relancer le rythme, d'assurer les transitions, de boucher les trous et d'égayer des propos sans intérêt. Le rire occupe le terrain par à-coups, il secoue une télévision sans piquant qui suscite vite l'ennui et se complaît dans le bavardage. Un animateur dispose toujours d'un comique attitré qui fait le pitre, ce sont des couples bien rodés, Ardisson et Baffie, Fogiel et Carlier, Bern et Guillon. Quant à Cauet, sa méthode revient à jouer les deux rôles à la fois.
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