Auteur : Heloneida Sudart
Traducteur : Inô Riou | Paula Salnot
Date de saisie : 10/05/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : ALLUSIFS, Montréal, Canada
Collection : Les allusifs
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-922868-57-9
GENCOD : 9782922868579
Sorti le : 19/04/2007
Envoyé dans le nord du Brésil pour éliminer un agitateur public, Carmélio, tortionnaire à la solde du gouvernement, s'éprend éperdument de l'amie de sa victime. En elle comme dans chaque femme qu'il rencontre, il croit reconnaître la mère qui l'a abandonné. Bientôt envahi par la passion, l'implacable bourreau connaît enfin le remords, rattrapé par son passé et les spectres de ses victimes. Dans une quête désespérée d'absolution, il décide alors d'entreprendre un lointain pèlerinage, véritable road trip anachronique marqué par les rencontres les plus étranges...
HELONEIDA STUDART signe ici un roman saisissant et émotionnellement très fort, où elle décrypte avec précision les ramifications du mal, tout en rappelant les heures les plus sombres de la dictature brésilienne.
«Lorsque je vis Dorinha pour la première fois devant les archives de la bibliothèque publique de Fortaleza, je me demandai si je n'avais pas trouvé ma mère. Malgré mes trente-cinq ans, je me suis toujours représenté ma mère à l'âge d'être presque ma fille. Ces derniers mois, je rêvais d'elle ainsi : vêtue de blanc, les cheveux lourds et la peau claire comme un papier rangé. Pendant mon enfance, je croyais que ma mère était une blonde platinée aux gros seins, comme les héroïnes des bandes dessinées. Entre quinze et...»
Lorsque je vis Dorinha pour la première fois devant les archives de la bibliothèque publique de Fortaleza, je me demandai si je n'avais pas trouvé ma mère. Malgré mes trente-cinq ans, je me suis toujours représenté ma mère à l'âge d'être presque ma fille. Ces derniers mois, je rêvais d'elle ainsi : vêtue de blanc, les cheveux lourds et la peau claire comme un papier rangé. Pendant mon enfance, je croyais que ma mère était une blonde platinée aux gros seins, comme les héroïnes des bandes dessinées. Entre quinze et dix-huit ans, je pensais qu'elle devait être mulâtresse. Les paroles aigries de marraine Conceiçâo, qui m'a élevé à la férule de cèdre, allaient dans ce sens : «Elle est arrivée et a demandé à travailler comme cuisinière. Elle te portait dans les bras. Elle avait une couleur vert-de-gris, les cheveux sur le côté et acceptait de travailler pour la moitié du salaire. Mais je n'aurais jamais cru qu'elle puisse abandonner son fils dans la chambre de service, comme un chat errant !»
Pendant mon adolescence, je ne sortais pas du bordel de Chica Farinha, courant après les mulâtresses. Chica était une femme très bonne. Dévote de saint Jude Thaddée, elle achetait toujours pour l'anniversaire de ses filles un gâteau décoré et des bouteilles de soda Guaranâ. Si un client n'avait pas d'argent, elle notait la dette sur un cahier de comptes fabriqué avec du papier d'emballage. J'ai ainsi consommé des femmes à crédit pendant plus de deux ans. Le major Fernando riait à gorge déployée en entendant ces histoires : «Si tu ne trouves pas ta mère dans un bordel, alors tu ne la trouveras nulle part ailleurs !» Un jour, il me téléphona en riant : «On a attrapé une nisei qui ressemble à un petit canari. Viens voir, c'est peut-être ta mère.»
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