Auteur : Danielle De March-Ronco
Date de saisie : 10/05/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Transbordeurs, Marseille, France
Collection : Roman
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 2-84957-089-3
GENCOD : 9782849570890
Sorti le : 19/04/2007
Parce que le cachet de l'amour fait foi. C'est dans l'eau fugitive de l'enfance que Danielle De March plonge aujourd'hui ses souvenirs. Sur la trace du premier jeune homme de sa vie : son père Giovanni, petit émigré italien, tailleur de pierre, un «de ces héros au visage si doux» dont elle restitue l'itinéraire dans un bouleversant récit, écrit à la première personne. De la politique à la poétique. Car derrière cette saga toute personnelle, familiale, c'est l'aventure humaine d'une génération entière qui est célébrée à l'image des tempêtes qu'elles eurent à affronter. L'engagement partisan n'empêche pourtant pas les roses d'éclore. Ni le livre de s'attarder aux joies gourmandes de l'écriture : on y croise pêle-mêle un chat amoureux d'un vélo, des bêtes tendres à la caresse des fleurs de grenat, des pêches miraculeuses...
Tout un univers «colettien» sensuel et frémissant que l'auteur illumine de ses propres soleils.
Pour Danielle De March-Ronco, c'est comme si la Terre et le temps désormais avaient acquis la même rondeur. Ainsi ces vers d'Aragon qui ouvrent et referment le livre : Le monde est le chemin d'aimer.
Patrick Lorenzini
L'été
La chaleur est étouffante.
Les trente degrés sont largement dépassés.
Le mistral poursuit sa course folle sur toute la végétation depuis trois nuits et trois jours, les cigales se sont tues.
Vers dix-sept heures, le ciel s'est obscurci, des nuages roses et violets s'étirent dans le ciel, des particules blanches volettent dans l'air.
Je suis inquiète. Je cherche dans quelle direction les incendies se propagent.
«Et les Canadair qui sont cloués au sol, après l'accident en Corse ! !»
J'ai fermé le portail en bois avant de partir, comme chaque jour à cette heure chaude, vers cet homme que j'aime et qui souffre.
Ma chienne est restée au frais sur les dalles de la salle à manger dont les volets sont tirés.
Au début de cet après-midi, installée à mon bureau, j'ai regardé le cadre de photos qui retracent toute la vie de mon père.
Là, maintenant, je pense à lui au plus profond de mon âme. Lui, si attentif aux changements climatiques, à la nature, aux vents.
Déjà quatre ans qu'il est parti, et il me manque terriblement.
Les échanges, les idées, ensemble nous n'en avions jamais manqué.
Nous aurions évoqué cette autre façon de penser l'avenir pour les nouvelles générations. Ce droit pour elles à des forêts vivantes et non à des déserts de cendres noires.
Lui, il était de l'autre siècle. Il était né juste un an avant la Première Guerre mondiale.
Au plus loin que je me souvienne, j'entends les mots, les paroles qui m'avaient donné conscience des valeurs et permis de comprendre l'essentiel des choix, des avancées de la connaissance, tous les possibles dans les domaines de l'humain.
Avec les mots adaptés à mon âge, il avait su m'éveiller aux grands bouleversements de notre siècle
Est-ce un hasard si le premier livre qu'il m'avait offert, pour mes dix ans, avait été Le Feu de Barbusse ?
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