Auteur : Jean-Marie Gustave Le Clézio
Date de saisie : 18/05/2007
Genre : Cinéma, Télévision
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-07-078484-4
GENCOD : 9782070784844
«"Ballaciner" signifie adresser une ballade au cinéma...
Pour moi le cinéma a d'abord été un contact avec le monde extérieur. Je suis né pendant la guerre, j'étais enfant dans une période de rationnements et d'enfermement. Grâce au cinéma - les projections que nous faisions sur un écran improvisé dans le corridor de l'appartement de ma grand-mère à Nice -, j'ai découvert ce que c'était que la rue, les villes, la guerre, les incendies, l'avion et les sous-marins, et aussi les moments de peur ou de drôlerie, les comportements mystérieux et assez comiques des adultes.
Par la suite, j'ai découvert ce que c'était que l'art et la culture. Les livres ne me proposaient pas les mêmes avantages (hormis les encyclopédies). Ils possédaient une voix intérieure et c'était le pouvoir des mots qui opérait, non le réel.»
J.M.G. Le Clézio.
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Dans le très personnel Ballaciner, il a collecté des souvenirs intimes liés au cinéma et des analyses de films qui ont marqué son itinéraire cinéphilique. Il y développe, au fil des pages, une approche singulière de l'émotion cinématographique et des liens que le cinéma entretient avec le réel - une approche méditative, humaniste et poétique, tel qu'est l'angle par lequel Le Clézio aborde toute chose.
Comme son titre l'indique, Ballaciner est une ballade, de visage en visage, de film en film...
Peu de livres ont su aussi bien dire le cinéma, ou plutôt "son" cinéma, car il n'est de cinéma qu'à soi. Il était une fois le cinéma de J. M. G. Le Clézio...
C'est en voyant Ugetsu monogatari, Les Contes de la lune vague après la pluie, de Mizoguchi, que Le Clézio a, pour la première fois, compris que le cinéma était un art. C'est en voyant les films des grands cinéastes italiens des années 1960 (De Sica, Visconti, Fellini, Pasolini, Antonioni) qu'il a ressenti, en sortant dans la rue après la projection, "l'impression que le combat se poursuivait, que nous devions y prendre part". Rien de politique ici, juste la parfaite identification de l'image et de la réalité. Avec, en point d'orgue, L'Avventura, l'une des plus belles et des plus étranges histoires d'amour...
Merveilleux cinéma, dont la fréquentation donne cette curieuse impression de sortir des limites de sa propre existence, de se dépasser. Merveilleux cinéma dont l'histoire se continue après que le mot Fin s'est effacé. "Sur l'écran d'un bleu irréel, devenu vide, maintenant nous pouvons nuager."
Ce qui touche le plus, dans la manière incantatoire qu'a l'écrivain de parler du cinéma, c'est son émerveillement, sa candeur, sa fascination devant les miracles inépuisés de la lanterne magique. On dirait un grand Indien blond assis devant la toile tendue où seraient projetés, sous un ciel étoilé, «la Sortie des usines Lumière» et «le Goûter de bébé» - il lui semble même entendre clairement le souffle de la brise dans les buissons, les bruits de la cuillère heurtant l'assiette, les rires des parents...
Pour exprimer son amour du septième art, Le Clézio a créé un joli néologisme : «ballaciner», où les plus prosaïques verront l'union de la ballade et du ciné, et dont l'auteur de «Désert» donne cette définition plus poétique : «Ballaciner, tomber du ciel de nuage en nuage au milieu des éclairs...» Même la tendresse, dans ce livre d'images sans images, est orageuse.
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