Auteur : Nikom Rayawa
Traducteur : Marcel Barang
Date de saisie : 31/05/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Aube, La Tour-d'Aigues, France
Collection : L'Aube poche
Prix : 7.70 € / 50.51 F
ISBN : 978-2-7526-0337-1
GENCOD : 9782752603371
«Il y avait du brouillard ce matin-là. Majdane tenait son panier d'une main et de l'autre aidait le gamin à descendre les marches. L'enfant empaillé débordait de vie. Ils gravirent la butte dans l'herbe humide et entrèrent dans la fraîcheur du brouillard. Un arc-en-ciel resplendit devant eux, tandis que le soleil commençait à réchauffer l'atmosphère.»
La forêt, le fleuve, l'éléphant, l'homme, sa femme, l'enfant : l'histoire peut commencer. Elle est au plus près de ce Siam devenu Thaïlande à qui nous sommes fiers de rendre sa nature. Mais, là-bas, tout n'est pas que «luxe, calme et volupté»... Grâce à la simplicité de son style, Nikom Rayawa donne à son récit une remarquable authenticité. Un très beau roman, entre violence et tendresse, qui démystifie une destination touristique particulièrement prisée.
Nikom Rayawa, l'une des plus belles voix de Thaïlande, est considéré comme le premier romancier «bouddhiste occidental».
Romancier réaliste, Nikom Rayawa n'a besoin que de cette petite centaine de pages de L'Empailleur de rêves pour faire la démonstration de sa plume sobre et belle, parfois paresseuse et pourtant dense et profonde. Né en 1944, il est un des rares écrivains thaïlandais contemporains à être publié en anglais, en français et en allemand. Ce roman, paru en 1984, a été traduit en 1998 aux éditions de l'Aube par Marcel Barang, l'un des rares connaisseurs français de la littérature thaïlandaise. En postface, le traducteur regrette que la traduction trahisse la "musicale fluidité" de l'original. Sans avoir la prétention de vérifier, le lecteur pourra le rassurer. La langue est mélodieuse, souple et quasi liquide. Dans la campagne où rien ne bouge, c'est toujours l'exploitation des uns par les autres, le commerce des vivants et des morts, la succession des naissances. L'Empailleur de rêves est un roman de la permanence, bouddhiste parce qu'en terre bouddhiste, mais pas seulement. La permanence de Nikom Rayawa ressemble parfois à celle d'un Hemingway, c'est celle de la sueur, du silence de Dieu et de la nostalgie...
Le réel n'est pas que l'affaire de l'écrivain, c'est aussi l'angoisse de l'homme, de Nikom Rayawa comme de son personnage, du sculpteur comme de sa sculpture. Dans ce livre, l'existence ressemble aux nuages "dont les formes ne (cessent) de changer. Ils (s'étirent) et se (recomposent) et (finissent) par se désagréger en fins flocons qui se (diluent) à l'arrière plan dans l'indigo infini du ciel".
L'éléphant leva la patte pour permettre au cornac de grimper s'asseoir sur sa nuque. Tandis que l'homme s'installait, l'énorme animal cessa un instant de battre mollement des oreilles. La femme sur la plate-forme de la maison descendit les marches et, dressée sur la pointe des pieds, tendit au cornac un long morceau d'étoffe à petits carreaux plié en carré et du riz empaqueté dans une feuille de bananier.
- Donne-moi aussi le coutelas, Madjane, dit le cornac alors qu'elle se tournait pour remonter les marches.
L'éléphant attrapa une branche de tamarinier au-dessus de sa tête, déclenchant une ondée de feuilles mortes. Madjane reparut, coutelas à la main. Le cornac le prit et se le passa à la ceinture, déplia l'étoffe et se l'enroula autour de la tête, puis encouragea la bête à passer de l'ombre au clair soleil matinal. Au bord de la berge surplombant la rivière, l'herbe était humide de rosée.
Madjane marchait devant, deux paniers vides en balancier sur l'épaule. Le vent vif torsadait ses cheveux, rosissait ses pommettes. Elle changea sa palanche d'épaule et s'engagea à flanc de berge, sa silhouette bientôt grignotée par les reflets aveuglants qui dansaient sur l'eau.
L'éléphant descendit la berge par une sente étroite, pataugea dans le courant puis se hissa sur la rive opposée, en retrait de laquelle se dressait un atelier de sculpture et de taxidermie. C'était un bâtiment en bois, léger et ouvert, coiffé d'un toit de tôle ondulée, la façade ombragée par la frondaison généreuse d'un énorme pin. Le cornac dirigea l'éléphant vers l'ombre de l'arbre.
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