Auteur : Raymond Aron
Date de saisie : 06/05/2007
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Tallandier, Paris, France
Collection : Texto
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-84734-444-8
GENCOD : 9782847344448
Raymond Aron n'a cessé de s'interroger sur l'histoire et l'avenir incertain de l'État d'Israël, et sur les liens qu'un citoyen français pouvait garder avec ce pays singulier. C'est en 1933, lors de ses études de philosophie en Allemagne, qu'il rencontra la «question juive», en même temps que le tragique de l'histoire et de la pensée allemande. Il ne put, dès lors, écarter de sa réflexion l'aventure du «peuple» juif. De Gaulle, Israël et les juifs, réaction aux propos du Général sur les juifs, «peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur», et de nombreux essais, inconnus ou méconnus, publiés ici - consacrés à Marx, à Bergson, à Vichy, au terrorisme, à Israël et à la diaspora, à l'affaire Barbie... - témoignent de l'interrogation et de l'inquiétude de toute une vie.
Philosophe et sociologue, Raymond Aron (1905-1983) fut l'un des grands représentants d'une culture française à visée universelle. Professeur à la Sorbonne et au Collège de France, journaliste engagé, il a mis sa plume et sa parole au service de Combat, des Temps modernes, du Figaro, d'Europe n° 1 et de L'Express. On lui doit, entre autres essais, L'Opium des intellectuels (1955), Paix et guerre entre les nations (1962) et Penser la guerre, Clausewitz (1976).
Extrait de la préface :
Les textes consacrés par Raymond Aron au judaïsme occupent une place relativement restreinte dans une oeuvre par ailleurs considérable. Il faut attendre De Gaulle, Israël et les juifs, ouvrage de circonstance, et surtout les Mémoires pour découvrir qu'il fut, sa vie durant, préoccupé par le judaïsme, l'événement le contraignant à se situer au sein d'une communauté qu'il considérait davantage en observateur qu'en membre actif. Étranger à la tradition juive, Raymond Aron n'eut jamais à proprement parler une vision de l'histoire juive. Proche des conceptions de Jules Isaac, il la concevait dans le cadre du monde occidental, privilégiant en elle l'action de forces hostiles au judaïsme et l'adaptation de la tradition aux changements plutôt qu'une spécificité transcendant temps et lieux. La linéarité du processus d'assimilation explique que, contrairement à la plupart des juifs français, Raymond Aron sacrifie rarement au culte de la Révolution émancipatrice. Il appartient à une fraction de la bourgeoisie juive patriote, en voie d'assimilation, ignorante de la tradition intellectuelle juive. Son parcours personnel en illustre les ambitions culturelles, retraduisant les vertus traditionnelles en performances scolaires et attachement républicain. D'où le sentiment chez lui que, sans le génocide, l'assimilation eût été complète. On perçoit là tout ce qui, dans les années 20, éloigne d'un judaïsme ritualisé et formaliste le jeune normalien, acquis à la pensée rationaliste et critique ; à cette époque, c'est le christianisme qu'il rencontre dans ses études philosophiques. Les données du débat sont fixées dès les années 30 : patriotisme intransigeant, athéisme et ignorance d'une quelconque tradition intellectuelle juive. Mais pour celui qui aborde la carrière universitaire dans l'Allemagne de 1932, la confrontation est inévitable. Le déchaînement de l'antisémitisme - le «temps de la haine», selon l'expression de Cl. Fohlen - confronte Aron, de retour en France en 1933, à l'histoire tragique du peuple «élu». Le judaïsme s'impose donc d'emblée comme l'un des termes de sa condition intellectuelle. Désormais, il ne cessera de réfléchir sur le rôle de l'intellectuel juif «R. Aron, qui a vécu de près l'effondrement de la France en 1940, après les déchirements des années 30, est resté obsédé toute sa vie par la fragilité de son pays, les risques de fracture idéologique ou morale, de haine sociale ou raciale», écrit Jean-Louis Missika. Il accepte désormais son judaïsme, même si celui-ci se définit encore «par le regard de l'autre», à la manière d'un Bergson qui, proche du christianisme, refusa la conversion par solidarité envers ses coreligionnaires persécutés. Soupçonné de bellicisme, Raymond Aron évite les prises de position directement politiques, de même qu'il se taira à Londres sur la politique antijuive de Vichy.
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