Auteur : Franz-Olivier Giesbert
Date de saisie : 22/06/2007
Genre : Policiers
Editeur : Flammarion, Paris, France
Collection : Flammarion noir
Prix : 19.90 € / 130.54 F
ISBN : 978-2-08-120348-8
GENCOD : 9782081203488
Un homme est laissé pour mort dans un parking avec 22 balles dans le corps.
Contre toute attente, il ressuscitera avant de se venger de ses ennemis. C'est l'histoire d'un Monte-Cristo des temps modernes, un suspense inspiré de faits réels mais où tout est inventé, au coeur du Milieu marseillais. Dans ce roman dont Marseille est le héros, toute ressemblance avec des personnages ayant existé n'est pas toujours fortuite. L'auteur a fait du vrai avec du faux et du faux avec du vrai.
C'est pourquoi, ici, tout est vrai et tout est faux, comme dans les livres, comme dans la vie, comme en Provence.
Franz-Olivier Giesbert est l'auteur d'une quinzaine de livres dont des essais, comme La tragédie du Président, publié en 2006, des romans, comme Le Sieur Dieu, ou des récits, comme L'Américain.
Sur fond de guerre des gangs, avec son lot de mauvais garçons en tout genre, de vengeances et de trahisons, sans oublier l'inévitable jolie commissaire, L'Immortel est (bien) construit comme un polar classique, agréable à lire, avec ce qu'il faut de suspense pour convaincre le lecteur de ne pas le lâcher en chemin. Portrait du Milieu marseillais, c'est aussi - surtout - un livre attachant sur Marseille, avec ce qu'il faut d'emphase locale.
Et là, le critique ne peut éviter de se poser la question d'une oeuvre qui moissonne si rouge qu'on a le sentiment de descendre les cercles de l'enfer. La bestialité, la frénétique ronde des personnages qui passent la ligne du vice et de l'abjection donnent le vertige. On est attiré sournoisement vers les questions métaphysiques alors qu'on croyait être sur le terrain solide du polar bien ficelé. On déambule dans un monde de dessous, souterrain, écrasé. Nous sommes perdus dans les hangars du mal. Pourquoi cette oeuvre, surtout depuis «L'Américain», récit autobiographique de l'enfance de l'auteur, donne-t-elle l'impression de cacher dans ses replis une lancinante interrogation sur le mal, la chair putréfiée, une écrabouillerie finale ?...
La prose, hachée, dure, ardente, cogneuse, fait songer à une puissante catharsis. On sursaute devant la nervosité lyrique du ton, un jappement, une franchise, des hardiesses. Le temps, les horloges, la maladie, les hantises sont happés dans une seule chute. Cronos lui-même bouffe ses enfants à pleine chair ! Livre-brèche poussé dans le ravin pour y empiler ses personnages. Le dandinement d'automate des tueurs marseillais et leurs embardées de marionnettes vicieuses les poussent vers un tableau de Goya, celui où l'on voit des Espagnols en pyjama blanc, éblouis, dans le feu du peloton d'exécution de soldats napoléoniens. On a alors changé de registre.
Franz-Olivier Giesbert s'essaie au polar en s'inspirant d'un fait divers qui défraya la chronique marseillaise...
L'Immortel est un roman noir comme il en fleurit cent dans les gares au rythme des trains qui passent, pensera le lecteur hâtif. À un détail près, il est rédigé par un écrivain de sang, et griffé de sa marque, inimitable...
Chez Giesbert, l'être humain se définit par un agrégat de cellules en cours de désintégration, quelques litres de sang et d'eau. On en demande pardon au lecteur qui parcourrait cet article en se restaurant, sueur, croûtes d'eczéma, haleine de chacal sont au menu de L'Immortel. C'est la misère de l'homme qui s'étale ici. Elle rend ses faiblesses bien pardonnables. Chez Giesbert, les caïds ne sont que de pauvres bougres dont l'empire est fragile, que la première brise de mer emporte. Romancier de la matière brute, il n'aime rien tant que la fragilité, écrivain du soleil, rien tant que l'ombre.
En vérité, le personnage principal du livre, c'est Marseille. La cité phocéenne inspire à Franz-Olivier Giesbert un amour passionné et les plus belles pages de son roman, par exemple la description des petits villages du Vallon-des-Auffes ou des Goudes, le long de la Corniche. Mais, attention, cette ville, farouche et complexe, sauvage et généreuse, ne se livre pas facilement aux «estrangers».
Mort à Venise
«Comme tu as fait, il te sera fait. Tes actes te retomberont sur la tête.»
Ancien Testament
C'était un vendredi soir, à Venise. Il régnait une grande agitation sur la place Saint-Marc. Le printemps donnait des ailes aux pigeons et les mâles faisaient la roue devant les femelles. Quand ils ne s'entretuaient pas.
De temps en temps, si on n'y prenait garde, on pouvait buter sur un cadavre de pigeon, la tête en sang, les yeux crevés, la langue rougie et pendante. Tels sont les effets de l'amour. Du moins chez les pigeons.
Chacun des trois cafés de la place avait dressé devant sa devanture une estrade recouverte où un petit orchestre jouait des airs connus du répertoire classique ou populaire, c'était selon. D'où une certaine cacophonie, au total plutôt plaisante.
Après avoir hésité un moment, Ange Papalardo avait choisi d'inviter Lorraine à s'asseoir à la terrasse du café Florian. Ce serait sûrement le plus cher, à cause de toutes les gloires passées qui avaient posé leur cul sur ses fauteuils. Mais bon, il était très amoureux, Ange.
C'est au moment précis où il s'asseyait qu'il aperçut quelque chose qui le terrorisa. Une silhouette, un visage, un regard, il n'aurait pas su dire quoi. Sa bouche s'assécha d'un coup et son dos dégoulina de suées, tandis que ses yeux fouillaient dans la foule pour vérifier qu'ils avaient bien vu ce qu'il lui sembla voir, mais non, l'ombre s'était déjà fondue dans la masse.
«Y a un problème ?» demanda Lorraine.
Ange Papalardo ne répondit pas. Il vérifia son noeud de cravate, pour se donner une contenance.
«Quelque chose ne va pas ? insista-t-elle.
- Non, ce n'est rien. Juste ce maudit mal de crâne.
- Mon pauvre chéri.»
Sur quoi, Lorraine l'embrassa. Elle l'embrassait tout le temps, pour un oui pour un non. Il aimait ça comme il aimait sa façon de le bader, avec l'innocence de l'admiration.
Elle avait la vingtaine. Lui, la quarantaine. Ils n'étaient pas du tout assortis. Autant elle semblait un pur produit des beaux quartiers de Marseille, autant il incarnait le nouveau riche mal dégrossi. Habillé dernier cri, la montre tape-à-1'oeil, les dents trop parfaites pour être vraies.
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