Auteur : Jacques Berchtold | Emmanuel Le Roy Ladurie | Jena-Paul Sermain
Date de saisie : 27/04/2007
Genre : Arts
Editeur : Desjonquères, Paris, France
Collection : L'esprit des lettres
Prix : 39.00 € / 255.82 F
ISBN : 978-2-84321-093-8
GENCOD : 9782843210938
Sorti le : 26/04/2007
L'événement climatique est d'abord vécu ; il suscite des interrogations. Au seuil de l'Europe moderne, on s'intéresse à la théorie des climats, à l'histoire des cataclysmes ayant bouleversé la planète dans un passé lointain. Des hypothèses nouvelles sont proposées sur le rapport entre l'homme et la nature.
La littérature et les arts témoignent à leur façon des interrogations et des inquiétudes contemporaines. La tempête est un objet de description dramatique ou pittoresque particulièrement en faveur, propre à nourrir la réflexion sur l'expression des passions. Des problèmes techniques sont posés : comment la peinture exprime-t-elle l'angoisse de l'assombrissement ? Comment la musique peut-elle manifester le bruit discordant ? De quels tours rhétoriques se sert le poète pour imiter son objet hors proportions ?
À la faveur d'une sensibilité nouvelle (le sublime comme «beau terrifiant») s'expriment de nouvelles aspirations et bientôt de nouvelles inquiétudes : sur le plan politique un «cataclysme» sans précédent, la Révolution, est aussi pensé à l'aide de la métaphore de la tempête.
Avant de faire l'objet d'une symbolisation, l'événement naturel survient réellement dans l'histoire moderne et nourrit la réflexion philosophique sur les déluges de l'Histoire ou la théorie des climats.
Cet ouvrage, placé sous la direction d'Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold, Jean-Paul Sermain, réunit les travaux d'une quarantaine de chercheurs - historiens du climat et spécialistes des sciences humaines - qui se sont intéressés à l '«événement climatique» du XVIIe au XIXe siècle et à ses résonances dans les lettres, la musique et la peinture.
INTRODUCTION CLIMATS, ORAGES, TEMPÊTES : NATURE ET PASSIONS
Jacques BERCHTOLD
Aujourd'hui les orages «authentiques» mis en boîte sont disponibles à tout instant, en archivages visuel (photographies ou films) ou sonore. Se vérifie-t-il qu'au siècle des Lumières l'évocation dans les beaux-arts de bouleversements climatiques, en particulier des tempêtes et orages, demeure un mode d'expression privilégié (voire un domaine métaphorique réservé) des passions humaines ? La mise en cause d'une telle équivalence offrait le point de départ de notre questionnement collectif. Des impulsions décisives proviennent à cet égard des oeuvres du siècle de Louis XIV : le récit de Théramène de la Phèdre de Racine (cf. C. Martin), la punition foudroyante du libertin Don Juan (cf. A. Clerc ; G. Goubier-Robert), le trio familial pathétiquement condamné du Déluge de Poussin (cf. R. Démoris; M. S. Seguin), les aquilons courroucés de l'opéra Alceste de Lulli. Sous quels aspects telle ou telle oeuvre devra-t-elle être ensuite perçue (dans la suite de la période que nous considérons) comme archaïque ?
Les questions traitées concernent notamment les liens tissés entre Littérature et Peinture -mais aussi Musique. Le rôle important joué par certains compositeurs, par certaines oeuvres à l'intérieur du domaine français, mérite d'être signalé (Lully, Marais et Rameau) : à la fin du siècle, Idoménée de Mozart (cf. J.-P Grosperrin) est encore inspirée d'une tragédie en français. L'évolution correspond à une émancipation progressive de la musique instrumentale. Ses qualités expressives sont reconnues en indépendance croissante vis-à-vis du récitatif et sur fond d'une rivalité fondamentale : l'opéra supplante la tragédie. La tempête se retrouve au coeur de problèmes de représentation. Ces traits caractéristiques engagent telle ou telle perspective de mimesis et d'ekphrasis. La principale querelle porte sur l'acception de la notion du Sublime. La rénovation de ce concept fait débat avec l'avènement spectaculaire de goûts nouveaux, notamment en musique ou en peinture, où un transfert de privilège lourd de conséquences se fait de la peinture d'histoire - vers celle de genre (cf. R. Démoris, M. Pinault Sørensen). Nous étudions ce faisant des images, des discours et des représentations. Mais s'agissant d'événements climatiques, n'y a-t-il pas un danger d'accorder un trop grand privilège d'autonomie aux problèmes d'esthétique ? Nous avons eu le souci de ne pas perdre le lien avec le monde des faits et des savoirs. Nos cadres de questionnement sont de ce fait plus nombreux et plus «englobants». (...)
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