Auteur : Martin Petitclerc
Date de saisie : 01/05/2007
Genre : Economie
Editeur : VLB ÉDITEUR, Montréal, Canada
Collection : Études québécoises, n° 77e
Prix : 29.85 € / 195.80 F
ISBN : 978-2-89005-966-5
GENCOD : 9782890059665
Sorti le : 21/04/2007
A Tous protégeons l'infortune, telle était la devise de l'Union Saint-Joseph qui fut au XIXe siècle l'une des plus importantes sociétés de secours mutuels au Québec. Dans ce livre pionnier, Martin Petitclerc étudie ces associations mutualistes qui ont cherché, à l'époque du libéralisme triomphant, à développer la solidarité de la classe ouvrière pour la protéger des aléas de l'existence. Il explique les raisons de leur succès comme les limites de leur action. Il étudie les rapports qu'elles ont entretenus avec les élites cléricale ou financière et le rôle qu'elles ont joué dans la prise de conscience politique des ouvriers. Martin Petitclerc éclaire ainsi les questions relatives aux origines de l'économie de marché, de la protection sociale, du syndicalisme, du droit associatif et des coopératives. C'est tout un pan méconnu de l'histoire qui nous est révélé ici et qui montre la profondeur des aspirations démocratiques et de la culture de solidarité des milieux populaires québécois.
Martin Petitclerc est professeur au Département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal.
Extrait de l'introduction :
L'assurance sociale, la sollicitude de la mutualité, de la coopération, celle du groupe professionnel, de toutes ces personnes morales que le droit anglais décore du nom de «Friendly Societies» valent mieux que la simple sécurité personnelle que garantissait le noble à son tenancier, mieux que la vie chiche que donne le salaire journalier assigné par le patronat, et même mieux que l'épargne capitaliste.
Marcel Mauss
Adolphe Guilbault, tailleur de pierre de Montréal, tomba sérieusement malade pendant le dur hiver de 1851. Ses compagnons d'atelier lui vinrent alors en aide afin qu'il puisse soutenir sa famille et payer ses remèdes. Malheureusement, ces secours n'ont pas suffi. En effet, Guilbault décéda peu après des suites de sa maladie. La famille du défunt étant alors dans un état de grande pauvreté, ses compagnons d'atelier se cotisèrent pour offrir une sépulture digne d'un ouvrier honnête. Après la cérémonie funéraire, ces travailleurs décidèrent de mettre sur pied l'Association Saint-Joseph de Montréal, l'une des premières sociétés de secours mutuels fondées par des ouvriers canadiens-français. À peine trois ans après sa fondation, le lundi 20 mars, la modeste société fit un effort immense pour parader dans les rues de la ville pour célébrer sa fête patronale. Les mutualistes ouvriers, au nombre d'une centaine, «chômèrent» cette journée d'hiver pour se regrouper, à 8 h 15, devant la petite salle louée par l'association rue Saint-Constant (aujourd'hui De Bullion) au nord de la rue Sainte-Catherine. Six membres ouvrirent la marche en portant l'énorme bannière - achetée 24 livres aux Soeurs Grises - sur laquelle on pouvait lire «Union Saint-Joseph de Montréal. Nous protégeons l'infortune». Le drapeau britannique suivit dans l'ordre de la procession, porté par quatre membres (on achètera un drapeau tricolore français l'année suivante). Par la suite, ce fut au tour des musiciens de la «bande à Lecompte» de s'engager derrière les porteurs de bannières. Suivirent les administrateurs décorés de la société et, enfin, les membres qui marchèrent solennellement en rangs.
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