Auteur : Hoda Barakat
Traducteur : Edwige Lambert
Date de saisie : 14/06/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Mondes arabes
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7427-6679-6
GENCOD : 9782742766796
Sorti le : 09/03/2007
Un homme, Wadî, a aimé un autre homme, et c'est sa femme, Sarnia, qui lui désigne la nature de son attachement, elle qui lui en révèle la force.
Evoquant les premiers instants de sa rencontre avec cet homme, Wadî' se trouve bientôt replongé dans une enfance douloureuse, puis une adolescence haïe, au coeur d'un Liban en proie aux factions. Son récit s'interrompt une fois trouvé "son maître, son amour", mais Samia prend le relais, pour nous apprendre la disparition inexpliquée de son mari. Elle se débat, tente de comprendre, échafaude toutes les hypothèses et finit par rencontrer Târiq, l'homme dont Wadî s'était épris.
Avec une écriture dense et précise, Hoda Barakat emprunte la voix de Wadî', puis celle de Sarnia à la toute fin du récit, pour tenter de reconstituer une histoire où alternent souvenirs et monologues intérieurs. Elle entre dans la passion et le délire de Wadî'. Les courts chapitres qui composent son récit s'assemblent peu à peu comme les pièces d'un puzzle qui restera à jamais inachevé...
Hoda Baraka est née à Beyrouth en 1952 et vit à Paris depuis 1989. Elle a publié un recueil de nouvelles et trois romans, La Pierre du rire (prix Al-Nâqid), Les Illuminés et Le Laboureur des eaux (prix Naguib-Mahfouz), traduits en français chez Actes Sud, puis dans d'autres langues européennes.
Au terme d'une trajectoire complexe et sinueuse, qui verra tour à tour un jeune garçon se métamorphoser en caïd brûlé de lucidité, puis un homme défait, hanté par la mort de son père et le meurtre de son ami Ayyoub, se muer en esclave, docile et aimant, Wadî disparaît. C'est alors à Samia, son épouse, de prendre la parole pour livrer les derniers mots, les ultimes interrogations de ce roman étrange, envoûtant, à la trame éclatée, brisée. A l'image de ce destin meurtri, de cette conscience en proie à la folie, aux doutes, aux béances de la mémoire et du coeur. Hoda Barakat interroge ainsi la perversité des rapports de force et les jeux de pouvoir et de soumission au coeur d'une humanité chancelante.
Hoda Barakat appartient à cette génération de Libanais dont la vie a été cassée en deux par la guerre civile. Dans ce gouffre qui a englouti leurs plus belles années, ceux qui n'y ont pas laissé leur âme ou leur vie n'ont cessé de puiser leur sève. Hoda Barakat tisse des histoires singulières où l'individu est irrémédiablement seul. Ses héros cahotent comme des cailloux dévalant une pente raide...
Au contraire de la plupart des romanciers arabes de sa génération, Hoda Barakat ne règle pas ses comptes avec l'Histoire : le grand vent n'y souffle pas, plutôt ses tourbillons dans la soupente intime. Faut-il être une femme pour rendre aussi bien les tourments des garçons en proie à l'adolescence ? Et la féroce concurrence à l'intérieur d'une bande de voyous ? Et aussi les brusques envies de violence qui agitent les hommes ? Et encore leur dépression que la douceur des femmes ne fait qu'aiguiser ? Et enfin l'étrange amour sans désir d'un homme pour un autre ?
Entre le présent et ce passé qui s'abat sur Wadî' «comme le fouet d'un châtiment», Hoda Barakat tisse une toile en clair-obscur pour dévoiler les énigmes d'une existence, sur fond de guerre : elle peint un Liban aussi déchiré que son héros, lequel finira par disparaître mystérieusement... Ce roman presque chuchoté est une fable où se mêlent confessions intimes et saccages collectifs, dans un pays fantôme qui a perdu son visage, et peut-être son âme. Comme Wadî', l'enfant éternellement blessé dont la quête douloureuse se recouvre de cendres froides. En attendant que «s'apaise la fièvre des batailles, dans l'accalmie de l'aube».
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