Passion du livre - tout sur le livre : Qui si je criais... ?

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

Qui si je criais... ?

Couverture du livre Qui si je criais... ?

Auteur : Claude Mouchard

Date de saisie : 10/05/2007

Genre : Essais littéraires

Editeur : L. Teper, Paris, France

Collection : Essai

Prix : 27.50 € / 180.39 F

ISBN : 978-2-916010-20-5

GENCOD : 9782916010205


  • La présentation de l'éditeur

«Qui, si je criais, m'entendrait.. ?»

Cette question (lancée par Rilke, en 1910, au début des Elégies de Duino) pourrait être celle de nombre de «témoins» du XXe siècle qui ont survécu à des violences extrêmes, organisées, et s'abattant sur des masses sans défense.
Certains des rescapés des camps nazis ou staliniens, de Hiroshima ou Nagasaki, de la terreur khmère rouge, ont, dans leur recherche d'une écoute, produit des oeuvres capitales. A un certain nombre de ces oeuvres-témoignages - celles, entre autres, de Kertész, Nelly Sachs, Celan ou Sutzkever, de Chalamov ou Akhmatova, d'Ibuse ou Tôge, de Rithy Panh - Claude Mouchard s'attache à offrir une attention qui, précise, historiquement informée, soit surtout constamment sensible à leur puissance littéraire, voire poétique. Une question poético-politique hante ce livre : sous l'effet de pareilles lectures, qui devenons-nous, et pour quel avenir ?

Né en 1941, Claude Mouchard, poète, a publié Perdre, Ici, Un grand désert d'hommes, L'Air, et codirigé, avec Annette Wieviorka, La Shoah, témoignages, savoirs, oeuvres. Traducteur, il est professeur émérite à Paris 8 et rédacteur en chef adjoint de la revue Po&sie. De lui, les Editions Laurence Teper publient aussi en 2007 Papiers ! Pamphlet-poème.



logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com



  • La revue de presse Patrick Kéchichian - Le Monde du 11 mai 2007

A l'effacement des traces de la souffrance vécue, vouées au silence de la neige, au recouvrement et à l'oubli, répondent la volonté de témoignage, la fragilité des oeuvres qui les porte, la piété à l'égard des morts qui n'ont d'autre sépulture que l'air et les nuages. A plusieurs reprises, Claude Mouchard revient sur ces deux métaphores, les analyse longuement, selon divers angles, tout en les laissant s'exprimer par elles-mêmes...
Le livre de Claude Mouchard est un bouleversant, immense et bruissant monument funéraire : on ne peut y entrer et y séjourner que le coeur meurtri par cette rétrospection d'un siècle tellement avide de morts, de souffrances et de mépris. Mais, meurtri, il nous faut prêter toute notre capacité d'attention et d'empathie à l'écoute de ces discours de cendres et de larmes, de révolte et de désespoir. C'est au prix de cette épreuve véritablement terrible de lecture que les paroles arrachées au silence, au mensonge et au "déni" - comme lors du procès Kravchenko en 1949 - peuvent rester vivantes, transmissibles, présentes à notre mémoire et, solidairement, à celle de l'humanité.



  • Les premières lignes

Qui, si je criais, entendrait donc mon cri... ?

Ainsi commence la première des Élégies de Duino de Rilke - poème qui fut achevé en janvier 1912. Fallait-il un «cri» initial pour lancer l'un des plus grands cycles de poèmes jamais écrits en allemand ? Et ce cri, comment ne l'entendrions-nous pas - ainsi que Rilke lui-même, sans doute, dans les années où il travailla (jusqu'en 1922) aux autres Élégies - sur le fond de ce qui suivit : la première guerre mondiale ?

En réalité, ce premier vers, quel que soit son élan, ne dit qu'un cri possible. Ou plutôt il cherche à deviner quelle écoute ce cri pourrait rencontrer.
De toute sa puissance immédiatement sensible, le début des Élégies est fait pour obtenir sur-le-champ l'attention du lecteur. Mais c'est d'une autre écoute qu'il se dit en quête, interrogeant des espaces agités d'éventuels battements d'ailes ou, pour nous, envahis de nuit.

Qui si je criais, entendrait donc mon cri parmi les ordres des anges ?

Des cris innombrables fusèrent dans le siècle qui suivit la composition des Elégies de Duino. Des anges, il ne s'en trouva pas pour les écouter.
Mais les anges mêmes des Elégies n'avaient-ils pas été un substitut ? C'est ce qu'avancèrent deux jeunes philosophes, Hannah Arendt et Günther Anders, dans une étude consacrée, en 1930, aux Elégies. Le cri, pensaient-ils, si seulement il était lancé, ne trouverait pas l'écoute qu'il désirait. Il ne serait entendu, au mieux, que par les «Anges», ou par «les Morts», ou encore par un «On» indéterminé et pâle... : autant de «strates intermédiaires» venant s'interposer ou se poser à «la place de Dieu».
Il faut, disaient Arendt et Anders, reconnaître dans ces poèmes un «renoncement conscient à être entendu», un «désespoir de ne pouvoir l'être», en même temps qu'une «contrainte à parler», même si - surtout si ? -cette parole devait rester «sans réponse».


Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli