Auteur : François Joxe
Date de saisie : 19/06/2007
Genre : Théâtre
Editeur : Ed. de l'Amandier, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-35516-001-1
GENCOD : 9782355160011
Sorti le : 26/04/2007
Le Festival de Gavarnie aura été pour la compagnie du Chantier-Théâtre, et pour les quelque 290 000 spectateurs venus assister durant vingt années à ses créations au coeur des cimes pyrénéennes, une formidable épopée.
Ce livre, émaillé de souvenirs, témoignages, anecdotes, réflexions sur le théâtre et la culture, relate tous les aspects d'une manifestation unique en son genre sur le territoire national.
Le plus haut festival d'Europe, accessible après vingt minutes de marche en montagne, des chefs d'oeuvre de l'art dramatique ou lyrique confrontés avec une nature dans toute sa splendeur, une performance à tous les niveaux, artistique, technique, économique, physique aussi évidemment, extraordinaire aventure humaine, communion au sommet : je crois qu'il y a eu là, loin des médias et des agitations parisiennes ou avignonnaises, quelque chose de vraiment rare, prodigieux.
C'est pour qu'une trace en reste que j'ai tenu à écrire ce compte rendu d'un événement d'ores et déjà entré dans la légende.
François Joxe
Folie ou passion ?
C'est probablement la question qui vint à l'esprit des amis de François Joxe lorsqu'en 1985 il entreprit, avec son chantier-théâtre, d'installer au coeur de la montagne pyrénéenne, le plus haut lieu de spectacle vivant d'Europe, sinon du monde.
Hercule n'aurait point hésité d'ajouter à ses 10 travaux cet exploit qui prend, avec le recul, la dimension d'un impossible défi.
Porter, à 1 450 mètres d'altitude, des tonnes de matériel, sous le cagnard, sous la pluie, parfois les pieds dans la boue, avec la seule obsession, l'ambition irréfragable de faire surgir dans ce paysage inhabité, une aire de jeu, de parole et de poésie, témoigne, on ne peut mieux, des facultés humaines à donner corps aux rêves les plus fous.
Durant 20 ans, des voix de comédiens chevronnés ont résonné dans le vaste espace du Cirque de Gavarnie, dans une ambiance de grande ferveur.
L'aventure appartient désormais au passé. Le temps et le vent ont fini par polir ses rugosités. Les animosités et les réticences peu avouables de certains, les difficultés naturelles mais aussi humaines, perdent progressivement de leur acuité.
L'histoire ne retiendra désormais que ce surprenant bilan :
21 créations, 250 représentations, participation de 870 artistes et techniciens professionnels ou en formation, et, cerise sur le gâteau, présence de près de 290 000 spectateurs !
Ce livre c'est leur histoire, leur patrimoine, leur chant de gloire.
Le Chantier-Théâtre avant Gavarnie
Le Festival de Gavarnie organisé par le Chantier-Théâtre a vécu 20 ans, de 1985 à 2004.
Avant de se lancer dans l'aventure le Chantier-Théâtre avait surtout exercé son art à Paris.
Comme beaucoup de compagnies, celle-ci était née de l'envie d'un acteur d'aborder la mise en scène et se libérer ainsi de toute tutelle en choisissant les oeuvres à monter et en s'offrant à l'occasion des rôles à sa convenance : ce fut le cas quand, en 1972, j'eus le projet de monter la pièce de Céline intitulée L'Eglise, avec l'intention d'y jouer le rôle de Bardamu, et fondai pour la circonstance la compagnie «Le Chantier-Théâtre».
Si j'évoque la fondation du Chantier-Théâtre, c'est parce que, par plusieurs aspects, sa première réalisation à Paris préfigurait les débuts du Festival de Gavarnie treize ans plus tard : création d'une pièce aux dimensions importantes, réputée injouable, grande quantité de personnages impliquant une nombreuse distribution, absence totale de moyens financiers par rapport à une entreprise en nécessitant d'énormes et à un succès public - donc un apport de recettes - fort aléatoire. Prise de risques ne se justifiant que par une confiance intuitive en des qualités supposées de metteur en scène et d'animateur; gageure, en somme.
Le succès de L'Eglise, créée en 1973, fut notoire et propulsa le Chantier-Théâtre dans le circuit des jeunes compagnies parisiennes de l'époque grâce à une presse curieuse de l'événement.
Les réalisations suivantes, inspirées par le même principe de réhabilitation de pièces méconnues d'auteurs connus (Baalde Brecht, Hinkemann de Tôlier, Transit de Miller, La Coupe et les Lèvres de Musset), retinrent moins l'attention des médias, qui s'intéressent avant tout à la nouveauté et ont, à Paris plus qu'ailleurs, une influence déterminante auprès du public comme des instances culturelles en place ; à tel point que dans le début des années quatre-vingt le Chantier-Théâtre, peu à peu délaissé par journalistes et critiques comme par la direction du Théâtre au ministère de la Culture, peinait à promouvoir ses réalisations et y attirer le public.
Or mon but, en me lançant dans la direction d'une compagnie, était celui de tout artiste du spectacle : jouer devant du monde. Au fond ce que j'ambitionnais pour le Chantier-Théâtre n'était rien moins que le grand succès populaire, l'engouement des foules. Et force était de constater que, sans le secours de certains édiles et d'abord de la presse, un tel succès à Paris est quasiment impossible. (...)
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