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Indiana

Couverture du livre Indiana

Auteur : George Sand

Illustrateur : Olivier Jolivet

Date de saisie : 26/04/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Découvrance, La Rochelle, France

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-84265-472-6

GENCOD : 9782842654726

Sorti le : 10/03/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Indiana est une jeune créole de bonne famille, élevée à l'île Bourbon - aujourd'hui La Réunion. Elle a épousé pour son malheur un officier, âgé et brutal, et vit dans la tristesse d'un château près de Fontainebleau. Ses seuls réconforts sont sa soeur de lait, Noun, et les visites de son cousin. Quittant son mari pour le séducteur volage de Noun, Indiana se retrouve dans le plus complet dénuement. Sauvée par son cousin Ralph, elle finira par trouver avec lui la quiétude à l'île Bourbon.
Dans ce roman, publié en 1832, George Sand transpose une bonne part de son vécu. L'héroïne se heurtera aux conventions et aux préjugés sociaux lorsqu'elle quittera son mari à la recherche du bonheur.

«... - Quelle est donc cette femme ? dit-elle à Raymond et de quel droit me donne-t-elle des ordres chez vous ?
- Vous êtes ici chez moi, madame, reprit Laure.
- Mais parlez donc, monsieur ! s'écria Indiana en secouant avec rage le bras du malheureux ; dites-moi donc si c'est là votre maîtresse ou votre femme.
- C'est ma femme, répondit Raymond d'un air hébété.
- Je pardonne à votre incertitude, dit Mme de Ramière avec un sourire cruel. Si vous fussiez restée où le devoir marquait votre place, vous auriez reçu un billet de faire-part du mariage de monsieur...»





  • Les premières lignes

Par une soirée d'automne pluvieuse et fraîche, trois personnes rêveuses étaient gravement occupées, au fond d'un petit castel de la Brie, à regarder brûler les tisons du foyer et cheminer lentement l'aiguille de la pendule. Deux de ces hôtes silencieux semblaient s'abandonner en toute soumission au vague ennui qui pesait sur eux ; mais le troisième donnait des marques de rébellion ouverte : il s'agitait sur son siège, étouffait à demi haut quelques bâillements mélancoliques, et frappait la pincette sur les bûches pétillantes, avec l'intention marquée de lutter contre l'ennemi commun.
Ce personnage, beaucoup plus âgé que les deux autres, était le maître de la maison, le colonel Delmare, vieille bravoure en demi-solde, homme jadis beau, maintenant épais, au front chauve, à la moustache grise, à l'oeil terrible ; excellent maître devant qui tout tremblait, femme, serviteurs, chevaux et chiens.
Il quitta enfin sa chaise, évidemment impatienté de ne savoir comment rompre le silence, et se prit à marcher pesamment dans toute la longueur du salon, sans perdre un instant la roideur convenable à tous les mouvements d'un ancien militaire, s'appuyant sur les reins et se tournant tout d'une pièce, avec ce contentement perpétuel de soi-même qui caractérise l'homme de parade et l'officier modèle.
Mais ils étaient passés, ces jours d'éclat où le lieutenant Delmare respirait le triomphe avec l'air des camps ; l'officier supérieur en retraite, oublié maintenant de la patrie ingrate, se voyait condamné à subir toutes les conséquences du mariage. Il était l'époux d'une jeune et jolie femme, le propriétaire d'un commode manoir avec ses dépendances, et, de plus, un industriel heureux dans ses spéculations ; en conséquence de quoi, le colonel avait de l'humeur, et ce soir-là surtout ; car le temps était humide, et le colonel avait des rhumatismes.
Il arpentait avec gravité son vieux salon meublé dans le goût de Louis XV, s'arrêtant parfois devant une porte surmontée d'Amours nus, peints à fresque, qui enchaînaient de fleurs des biches fort bien élevées et des sangliers de bonne volonté, parfois devant un panneau surchargé de sculptures maigres et tour­mentées, dont l'oeil se fût vainement fatigué à suivre les caprices tortueux et les enlacements sans fin. Mais ces vagues et passa­gères distractions n'empêchaient pas que le colonel, à chaque tour de sa promenade, ne jetât un regard lucide et profond sur les deux compagnons de sa veillée silencieuse, reportant de l'un à l'autre cet oeil attentif qui couvait depuis trois ans un trésor fragile et précieux, sa femme.


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