Auteur : Charles Joseph de Ligne
Date de saisie : 27/04/2007
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : B. Gilson, Bruxelles, France
Collection : Le photophore
Prix : 9.50 € / 62.32 F
ISBN : 978-2-87269-169-2
GENCOD : 9782872691692
Sorti le : 24/04/2007
Édition commentée par Jean-Pierre Pisetta
Au siècle communément appelé des Lumières, un des pères de l'antisémitisme français, François Marie Arouet, dit Voltaire, condescendait, malgré les innombrables défauts qu'il attribuait aux Juifs, à ne «pourtant pas les brider». A la même époque, un des pères du sionisme mondial, Charles-Joseph, prince de Ligne, dit Chariot, proposait, lui, une solution moins hautaine à la question juive : inciter le «Grand Seigneur» de l'Empire ottoman à partager avec les Juifs l'administration de leur ancien terroir. Theodor Herzl, qui publiera en 1896 sa propre Contribution à une solution moderne de la question juive, sous-titre de L'Etat des Juifs, considéré comme le texte fondateur du sionisme, connaissait-il le Mémoire sur les Juifs du prince ? En tout cas, deux siècles après sa parution en 1801, il serait temps que plus personne n'ignore l'existence de ce texte dont les pensées visionnaires, si elles avaient été mises en pratique, auraient peut-être contré la montée de l'antisémitisme au XIXe siècle, empêché la Shoah au XXe et, enfin, évité l'embrasement du Proche-Orient qui marque ce début du deuxième millénaire.
Jean-Pierre Pisetta, écrivain et traducteur, enseigne à Bruxelles à l'Institut supérieur de l'État de traducteurs et interprètes (ISTI). Après avoir fait paraître plusieurs traductions (depuis 1986), il publie aux éditions Luce Wilquin, en 1997, un recueil de nouvelles intitulé Morts subites (l'une d'entre elles, intitulée Le Dernier des morts-vivants, est consacrée au dernier survivant des camps de la mort) et aux éditions Bernard Gilson, en 2006, une édition commentée du Mozart et Salieri de Pouchkine.
Extrait de l'avant-propos :
De la flatterie avant toute chose
Il [Ligne] était courtisan par habitude, flatteur par système, bon par caractère et philosophe par goût.
Le comte de Ségur
En 1763, à l'âge de vingt-huit ans, le jeune officier Charles-Joseph de Ligne voyage enfin pour le plaisir. La fin de la guerre de Sept Ans a rendu aussi au militaire qu'il était une paix bien méritée et il en profite pour aller présenter ses respects au souverain de Ferney. Ce n'est donc pas un homme de lettres (les premières publications de Ligne ne datent que du milieu des années 1770) que reçoit Voltaire, mais un «ancien» combattant chargé d'honneurs. Cependant, il faut croire qu'il était effectivement le bel esprit que les enseignements de son dernier «gouverneur» avaient contribué à forger : «M. de la Porte (c'est le nom de ce gouverneur) fut le troisième ex-jésuite que j'eus auprès de moi. Il m'apporta du collège Louis-le-Grand toute cette fleur d'humanités, de littérature et d'urbanité qui fait le charme de ma vie, et formant mon âme en même temps que mon esprit il acquit d'autant plus de droits à ma reconnaissance que je crois que si je valais quelque chose, c'est à lui que je le devrais.»
Ligne restera huit jours chez Voltaire, et si le vieil homme réussit, malgré «ses torts, ses fausses connaissances, ses engouements, son manque de goût pour les beaux-arts, ses caprices, ses prétentions à être homme d'État, ou profond, ou savant1», à fasciner l'écrivain et penseur qu'il était en train de devenir, c'est pourtant lui-même qui sortira vainqueur de cette huitaine de joutes intellectuelles. L'hommage que rendra au prince son hôte généreux (les visites qu'on faisait à Voltaire, quoique courantes, ne duraient en général jamais aussi longtemps) ne laisse aucun doute à ce sujet :
A M. le prince de Ligne
Sous un vieux chêne un vieux hibou
Prétendait aux dons du génie ;
Il fredonnait dans son vieux trou
Quelques vieux airs sans harmonie.
Un charmant cygne, au cou d'argent,
Aux sons remplis de mélodie,
Se fit entendre au chat-huant,
Et le triste oiseau sur-le-champ
Mourut, dit-on, de jalousie.
Non, beau cygne, c'est trop mentir ;
Il n'avait pas tant de faiblesse :
Il eût expiré de plaisir,
Si ce n'eût été de vieillesse.
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