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J'ai déjà donné...

Couverture du livre J'ai déjà donné...

Auteur : A.D.G.

Date de saisie : 10/05/2007

Genre : Policiers

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 19.50 € / 127.91 F

ISBN : 978-2-84263-139-0

GENCOD : 9782842631390


  • La présentation de l'éditeur

Avant la parade, revue de paquetage ! Alain Fournier (nom de guerre : A.D.G. ou encore Alain Camille; 1947-2004) est au néopolar français d'après 68 ce qu'on appelle dans un défilé militaire un homme de base, à savoir le premier, tout en haut à droite, sur lequel les autres marcheurs au pas règlent leur cadence. A droite, il l'a été, et ferme : à l'assaut en 68 dans les rangs royalistes tourangeaux contre la chienlit rouge, rédacteur à Minute et, pendant dix ans, militant caldoche en Nouvelle-Calédonie. Quant à la cadence, il a donné le rythme, en compagnie de son ami J.-P. Manchette (tout en haut à gauche), au polar français, revivifié par la gouaille célinienne et le vibrato hard-boiled, dans les années 70. Les autres, comme on dit sur le Tour, n'ont eu qu'à leur sucer la roue (et la sucent encore).
Fruit des noces épiques de Bardamu et de Chandler, Machin, son héros d'origine russe, dont voici l'ultime tour de piste, aura eu neuf aventures. Maintenant musique ! Maître Delcroix (Paul), ex-para (mais est-on jamais ex dans ce type de famille ?) et son escouade de donzelles apprend la mort de Machin (né Djerbitskine) loin là-bas, en Nouvelle-Calédonie. Rendu sur place, il hérite d'un manuscrit laissé par le défunt. Titre de la liasse : J'ai déjà donné... Mise au point dévastatrice avec une droite extrême qui doublejoue en permanence avec les idées et la morale, mais surtout récit pure province, hautancouleur, miné de vannes couenneuses à souhait et hérissé de néologismes double-pot. On n'en dira pas plus, sauf que l'histoire passe en permanence d'une main à l'autre, celle de Machin qui rudanslébrancarde à celle de Delcroix qui notanmarge. Pour son dernier baroud, voici donc l'A.D.G. retrouvé, en roue libre et pitonnant à souhait de la fournaise. Plume au canon, on !

Né à Tours en 1947, A.D.G. est devenu en une dizaine de romans l'un des maîtres du néo-polar français. Autodidacte et dévoreur de livres, il admirait Céline, Marcel Aymé et Jacques Laurent. Il meurt à Paris le 1er novembre 2004.





  • La revue de presse - Le Figaro du 10 mai 2007

C'est comme une dernière fête qui sent la cordite et l'océan, un dernier raout où l'on boit des fillettes de Montlouis et où l'on recharge des colts Diamondback calibre 38, une dernière cavale entre Blois et Nouméa, entre Tours et la baie de Boulari, un dernier festin où l'on dévore des rillons de Sologne et des escargots géants de l'île des Pins. En fait, c'est le dernier roman noir d'ADG, ou plutôt un roman posthume, J'ai déjà donné...
J'ai déjà donné est en provenance directe du paradis des anars de droite, un testament élégant et drôle où est rassemblée toute la comédie humaine d'ADG, ses personnages inoubliables, y compris les personnages secondaires, ce qui est la marque des grands écrivains...
Chant du cygne d'une amitié où le mensonge et la trahison avaient leur part, J'ai déjà donné pourrait se résumer dans ce jeu de mots, un des plus beaux d'ADG, pourtant expert en la matière : «La nostalgie n'est plus ce bel été.»


  • La revue de presse - Libération du 10 mai 2007

En dépit de toute l'affection que l'on peut porter au défunt, il n'est pas rare qu'un enterrement dégénère en fou rire général. Une grimace du croque-mort, un lapsus du curé ou le dérapage alcoolique d'un vieil oncle gâteux, et c'est la grosse rigolade compulsive. C'est à peu près l'expérience qu'offre le tout dernier roman d'ADG, publication posthume deux ans et demi après la mort de l'auteur, emporté par un cancer tenace. C'est triste parce qu'il n'y en aura jamais plus, mais on se gondole toutes les deux pages.



  • Les premières lignes

J'étais penché sur la tombe de Machin, dans ce petit cimetière de Païta, à la Nouvelle-Calédonie, au milieu des sépultures antiques des missionnaires maristes et des religieuses de l'ordre de Saint-Joseph-de-Cluny qui avaient en charge autrefois bagnards et femmes condamnées à la transportation.
La dalle était toute simple, en marbre rosé de Koumac, et portait cette inscription : Ici repose pour l'éternité le journaliste Serguie Djerbitskine, 1945 -Au loin, on voyait un morceau de Pacifique, grand comme un mouchoir de poche turquoise sous un ciel plus moiré.
- On ne sait pas exactement quand il est mort ? demandai-je à Océane, sa veuve putative qui se tenait à mon côté, pas trop accablée.
- Ben non, dit cette solide Caldoche à peine changée depuis la quinzaine d'années que je ne l'avais plus revue, peut-être légèrement empâtée et bouffie par l'alcool et l'inaction. Quand on l'a retrouvé, ça déjà été tout un bigntz de l'identifier. Tu sais que les cochons lui avaient bouffé la gueule...
Les Néo-Calédoniens ne sont pas les êtres les plus distingués que j'aie rencontrés au cours de ma longue carrière d'avocat (trente ans aux cerises, j'approchais en cette année 2003 de la soixantaine à quatre ans près).
- Et il avait disparu depuis plus de deux ans, reprit la douce enfant qui avait donné un fils à mon défunt gros poteau, un gosse qui venait d'avoir dix-huit ans, qui était mon filleul et dont j'avais été jusqu'à sa majorité le tuteur mais que je n'avais pas réussi à entrapercevoir depuis deux jours que j'étais sur le «Caillou».Y restait plus que quelques os, le short et les claquettes. Va savoir pourquoi, les pocas sauvages n'aiment pas les claquettes...
- Et qu'as-tu fait ? demandai-je pendant qu'en retrait, Moune, ma fille adoptive qui me secondait à mon cabinet comme avocate stagiaire, zieutait Océane avec un air d'avoir envie de lui expédier une torgnole.


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