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Régis et le mal

Couverture du livre Régis et le mal

Auteur : Jean Soublin

Date de saisie : 21/04/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Lethielleux, Paris, France

Collection : Culture et religion

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-283-61032-9

GENCOD : 9782283610329

Sorti le : 12/04/2007


  • La présentation de l'éditeur

Les guerres de religion ont laissé la France en plein désarroi. Des soudards pillent, violent et massacrent. La misère prolifère. L'angoisse et la peur sont partout. Dans ce contexte, Jean Soublin dresse un portrait très romancé et haut en couleur de saint Jean-François Régis à la fin de sa vie (de 1635 à 1640). Ce Languedocien hors du commun était entré dans la Compagnie de Jésus en rêvant d'évangéliser les Hurons et les Iroquois du Canada. C'est dans les villes meurtries et les montagnes sauvages du Vivarais et du Velay qu'il sera envoyé pour annoncer l'Evangile, pour libérer les âmes des rets qui les enserrent. Sa haute taille en impose, mais sa douceur surprend. Dans un milieu hostile, l'apôtre cherche Dieu là où d'autres ne vont pas. D'un bout à l'autre du livre, observant, écoutant, Régis tente d'ébaucher sa théorie du mal. Quelle est sa nature, comment lutter contre lui ? Dieu punit-il ? Faut-il poursuivre les coupables ou soigner les victimes ? Le mal s'incarne-t-il ? Le Régis de Jean Soublin, dans un univers à la Breughel, ne connaît qu'une vérité : le mal n'est jamais une fatalité. Un roman très librement inspire' de la vie de saint Jean-François Régis.

JEAN SOUBLIN, grand voyageur et chercheur assidu familier des bibliothèques, a surtout écrit sur les contacts entre «civilisés» et «barbares», principalement dans le cadre de l'Orient et de l'Amérique latine. On lui doit notamment une Histoire de l'Amazonie (Payot, 2000), Le Second Regard (Buchet/Chastel, 2001), et Lascaris d'Arabie (Phébus «Libretto», 2005).





  • Les premières lignes

JOYEUSE

Par petits groupes éparpillés dans les châtaigniers près du bourg de Joyeuse, en Vivarais, la compagnie La Mée progresse sans hâte. Il a un peu plu ce matin alors qu'on franchissait l'Ardèche, puis le soleil est sorti. Il joue à présent sur les aubépines et les bruyères, sur le vert tendre des jeunes feuilles, sur les plaques de schiste et parfois sur les ailes d'une libellule.
La compagnie vient de Limagne où le sire de La Mée a son château. C'est lui qui l'a recrutée, lui qui la paie depuis près de vingt ans. Avec elle, il a participé à des sièges - et à des mises à sac. Il en a fait son métier.
Il a pourchassé des huguenots dans le Quercy, il a nettoyé des villages cévenols et incendié quelques manoirs. C'est surtout en Languedoc qu'il a opéré, dans cette province si vaste et si riche qui ne cesse de se rebeller contre Paris depuis vingt ans. Elle regorge de calvinistes, elle regorge aussi d'armes.
Quand le roi ou le cardinal déclarent la paix, ou au moins la trêve, La Mée ramène sa compagnie sur les bords de l'Allier, chez lui. Il ne l'a jamais dissoute. Pendant les armistices, il met ses soldats aux foins, aux charrues, aux navets. Ça ne dure jamais très longtemps. Quand on sert chez La Mée, on est toujours plus ou moins en opérations. Si les calvinistes se tiennent tranquilles, ce sont des villes séditieuses à piller, ou des seigneurs contestataires qui ne supportent pas le cardinal-duc et qu'il faut rançonner. Et si personne ne veut plus se battre avec la compagnie, eh bien ! il y a encore les paysans, cette racaille qui cache son blé avec ses jaunets dès que les soldats se montrent. La Mée ferme les yeux, et touche sa dîme.
À la fin de cet hiver, on l'a prévenu que le roi Louis avait déclaré la guerre, notamment aux Espagnols à qui il veut arracher le Roussillon, que tout le monde connaît, et la Cerdagne, dont personne ne sait au juste où elle se trouve. La reine est pourtant espagnole, paraît-il, mais à quoi bon chercher à comprendre ?


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