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Le fils de la Joconde

Couverture du livre Le fils de la Joconde

Auteur : Auguste Corteau

Traducteur : Caroline Nicolas

Date de saisie : 20/04/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Serpent à Plumes, Paris, France

Collection : Fiction étrangère, n° 20

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-268-06185-6

GENCOD : 9782268061856

Sorti le : 13/04/2007


  • La présentation de l'éditeur

1944 le narrateur perd sa mère dans un incendie. L'orphelin grandit auprès d'un père affectueux et de ses grands-parents. Il est choyé, ne manque de rien sauf peut-être d'un souvenir de sa mère, une image d'elle qui aide sa mémoire de petit garçon. Devenu un homme, cette image absente continue de l'obséder. En lisant l'histoire de l'enfance de Léonard de Vinci, il découvre que l'énigmatique Mona Lisa ne serait en réalité que l'idéalisation de la mère du peintre disparue quand il était enfant. La Joconde fascine le narrateur et tout s'emballe. Une folie douce s'empare de lui. Tous ceux qui le rencontrent voient en lui l'image de leur mère. Il est devenu la mère de tous !

Traduit du grec moderne par Caroline Nicolas

Le Fils de la Joconde, c'est l'histoire d'une quête fantaisiste, aussi bien qu'une allégorie ou une parabole. Du conte à l'essai psychanalytique, du rêve éveillé aux confins de la folie, Auguste Corteau se joue de nous et de lui-même. Préserver son âme d'enfant pour se faire peur, s'émerveiller... Tel est le fil conducteur qui nous mène à ce cocktail inimitable de sarcasme, d'autodérision et d'hilarante absurdité.





  • Les premières lignes

Depuis hier, j'ai cinquante ans, il me semble pourtant que mon visage a un je-ne-sais-quoi de poupin qui me rappelle une réflexion que je me faisais souvent lorsque j'étais jeune, quand cet âge, celui que j'ai aujourd'hui, m'apparaissait lointain et improbable. Je me demandais alors quelle tête j'aurais à cinquante ans. Et la réponse était que je ne pouvais tout bonnement pas me l'imaginer. Je décidais tantôt que mon imagination était limitée, tantôt que je deviendrais un vieillard quelconque, perspective à laquelle je ne voulais tout simplement pas songer. Ou encore, à supposer que je croie en la providence, que je ne devais pas me représenter mes traits car aucune de mes prévisions ne se réaliserait, autrement dit, que je mourrais jeune. Le fait est que je ne croyais pas au destin et, en cela, j'avais à la fois tort et raison. Raison, puisque je suis toujours en vie, et tort, parce que les événements qui se déroulèrent ces derniers mois ne peuvent se comprendre que comme une manifestation du sort ou de la fatalité.
Où en étais-je ? Ma tête, c'est cela. A l'observer ainsi, je dirais que tout se joue au niveau des yeux : je n'ai que peu de rides. Ou encore de mon sourire. Mais je préfère ne pas m'attarder sur ce dernier point. Voici qu'un autre souvenir me traverse l'esprit, à propos de ce que mon père m'avait dit, peu avant sa mort, lorsque je lui confiai, en guise de consolation, que je portais comme lui le poids des ans, afin qu'il ne se sentît pas seul au seuil de la mort. «Allons, papa, ne vois-tu pas que j'ai vieilli ? Je suis aussi ridé qu'un raisin sec.» Or il secoua la tête et me répondit que j'avais tort, que jamais je ne vieillirais. Cela me fit rire - je ne sache pas avoir contracté avec Dieu - mais il m'imposa silence en levant la main pour me caresser la tête, il insistait : «Ecoute, dit-il, tu ressembles à ta mère. Elle non plus ne faisait pas son âge.»
Depuis quelque temps, je songe à ses paroles jour et nuit, sans arriver à déterminer si mon père avait raison. Que n'y suis-je parvenu ! La dernière fois que je vis ma mère, j'avais quatre ans. Depuis, jamais plus.


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