Auteur : Jean-Claude Liaudet
Date de saisie : 20/04/2007
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Climats, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-08-120279-5
GENCOD : 9782081202795
Sorti le : 10/04/2007
L'humain doit trouver une issue à son désir de toute puissance, désir que la psychanalyse décrit dans le narcissisme primaire. Longtemps Dieu fut chargé de cette tâche; puis l'État moderne établit sa souveraineté absolue. Aujourd'hui, c'est l'individu qui se fonde de lui-même, et reprend à son compte la parole biblique : je suis ce que je suis. La science partage cette mégalomanie : elle crée une seconde nature technologique qui vise à remplacer la première, et «libérera» bientôt l'homme du sexe et de la mort.
Dans notre contexte libéral où toute loi devient une insupportable contrainte, le grand jeu du politique tourne à vide, tandis que le phynancier développe ses réseaux de pouvoir en toute perversité. Quant au citoyen-salarié, il noie son impuissance dans les joies imaginaires de la consommation et du virtuel... Telles sont les manifestations de ce que l'auteur appelle : névrose collective libérale. Comment sortir de l'impasse narcissique ? En instaurant une éthique de la fertilité qui passe par la reconnaissance de l'autre, comme individu et comme classe. En libérant le libéralisme du capitalisme, autrement dit en inventant la démocratie, qui reste à venir, encore... L'auteur nous offre avec ce livre une analyse critique féconde et singulière de la culture libérale.
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Extrait de l'introduction :
Il me faut commencer par traiter d'une certaine gêne à propos des mots «libéral», «libéralisme», car ils prêtent à confusion. On sait qu'aux Etats-Unis ils ont conservé quelque chose de leur sens premier : ils désignent une sorte de gauche parfois associée au socialisme, alors qu'en Europe ils désignent, par euphémisme, le capitalisme.
C'est que les phynanciers aiment se parer de plumes qui ne sont pas les leurs. Ainsi les faiseurs de discours à leur solde ont-ils gâté ce terme, comme ils l'ont fait de celui de démocratie.
Avec Francisco Vergara, on peut estimer que le terme de libéralisme englobe trois acceptions.
La pensée pré-libérale revendique une liberté de conscience mais admet une limitation de la liberté civile. Elle se développe au XVIIe siècle, chez des auteurs comme Montesquieu.
Pour le libéralisme classique des Turgot, Smith, Bentham, Ricardo, Mill, au XIXe siècle, le bonheur serait le bien suprême, même la liberté devrait lui être subordonnée. C'est pourquoi, d'un auteur à l'autre, le rôle de l'État et celui de la justice peuvent être plus ou moins prédominants. Le christianisme étant encore prégnant, ces auteurs élaborent une pensée de compromis avec les valeurs associées à la religion (éthique, respect d'autrui...).
Au XXe siècle, le libéralisme se trouve enfin débarrassé de cette entrave. Passé l'épisode keynésien, il peut chercher à se réaliser dans son essence... en se mettant délibérément au service du capital : c'est la forme dite ultra ou néo du libéralisme. Pour des penseurs comme Milton Friedman ou Friedrich von Hayek, la liberté est au-dessus de tout, l'Etat doit disparaître et le Marché guider nos pas ; une liberté qui consiste d'ailleurs à aller au hasard et à tout se permettre, car nous ne serions pas en capacité de faire des choix rationnels, faute de disposer des informations nécessaires à la décision.
La question se pose : comment, d'une pensée et d'une politique visant la libération de l'individu et son bonheur, en est-on arrivé là ?
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