Auteur : Patrizia Cavalli
Traducteur : Danièle Faugeras | Pascale Janot
Date de saisie : 20/06/2007
Genre : Poésie
Editeur : Des femmes-Antoinette Fouque, Paris, France
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-7210-0554-0
GENCOD : 9782721005540
Mes poèmes ne changeront pas le monde
«Et toujours je devrai partir
et faire mes bagages
et permettre à mon peu de corps
une course qui ne lui convient pas
et prolonger les tromperies et démente
courir après toutes les histoires même celles
qui auraient préféré un silence.
Mais vaillants sont les départs
même si un embarras souvent les gâche.»
PC.
«Ici la langue voit là où le poète est aveugle, parle là où il se tait. (...) Une langue qui n'est plus ni hymne ni élégie, ni célébration ni lamentation, mais qui, dans sa marche somnambulique, touche et palpe les contours exacts de l'être.»
Giorgio Agamben
Patrizia Cavalli, née en Ombrie, vit à Rome depuis 1968. Traductrice de théâtre (Shakespeare et Molière, notamment), elle a une oeuvre poétique importante, qui éveille en Italie un intérêt grandissant. Sempre aperto teatro (1999), Toujours ouvert Théâtre, a été publié aux éditions Rivages en 2002.
Traduit de l'italien par Danièle Faugeras et Pascale Janot.
Extrait de la préface de Giorgio Agamben :
On peut définir la langue de la poésie comme un champ de forces parcouru par les deux tensions opposées de l'hymne, dont le contenu est la célébration, et de l'élégie, dont le contenu est la lamentation. Poussé à la limite, le premier tenseur fracture le langage en cri de jubilation suscité par la présence de Dieu, le second le destitue et l'épuisé en murmure intarissable aux pieds de l'Absent. Mais, tant que le ductus de l'écriture soutient le geste de la voix, la poésie résulte d'une savante et toujours différente conjugaison des deux tensions.
On a dit que la poésie italienne du vingtième siècle (et peut-être le diagnostic vaut-il pour toute la poésie moderne) est, dans sa ligne dominante, élégiaque. Cela a conduit la critique à constituer son canon en excluant les composantes hymniques (Campana, Rebora) et en mettant au centre l'orthodoxie montalienne, bâtie toute sur le bonheur dénié et sur la privation. De cette façon, cantonnée l'infanterie des mineurs, il était facile de reléguer sur les marges, en reconnaissance ou à l'arrière - garde les grandes variations tactiques de Saba, de Ungaretti et de Sereni, pourtant toujours afférentes au tonos de l'élégie. Comme il arrive souvent, la mise à l'écart de la composante hymnique avait toutefois une conséquence imprévue, qui bouleversait la linéarité du canon : le bonheur de Penna, la voix ténue de Betocchi, mais aussi l'interjection de Caproni et le discord obstiné d'Amelia Rosselli étaient, de toute évidence, irréductibles à l'élégie.
Où situer, dans cette cartographie cursive, la poésie de Patrizia Cavalli ? Certainement en dehors de l'orthodoxie élégiaque, mais où ? Un indice immédiat nous est fourni par la langue. L'hymne, dont le paradigme est l'alléluia, incline, de ce fait, à la parataxe et à l'isolement du mot (le cas limite est le Coup de dés, avec sa dissémination des signes sur la blancheur pantoise de la page).
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