Auteur : Sophocle
Traducteur : Florence Dupont
Date de saisie : 15/04/2007
Genre : Théâtre
Editeur : Arche éditeur, Paris, France
Collection : Scène ouverte
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-85181-637-5
GENCOD : 9782851816375
Sorti le : 06/04/2007
Antigone nous parlerait de la résistance courageuse d'une jeune fille contre la machine broyeuse de l'État, incarné par Créon. Il défendrait les valeurs de la cité, elle défendrait les valeurs de la religion. Antigone est sympathique parce qu'elle aurait le courage de se révolter, Créon est antipathique parce qu'il aurait le pouvoir d'État.
Mais on peut inverser les sympathies : Antigone est une intégriste, une fanatique de la religion des morts, à qui sa naissance souillée - elle est née d'un inceste - interdit tout avenir. Face à elle, un Créon nationaliste, un militaire à poigne, veut imposer un État «laïque». L'histoire permet surtout à deux grandes voix de s'affronter musicalement. L'une en chantant son propre deuil de jeune fille n'ayant jamais eu d'enfant, l'autre le suicide de son fils et de sa femme, morts par sa faute. Lequel est le plus malheureux ? Lequel des deux entraînera le Choeur dans son chant et sa douleur ? Tel est peut-être l'enjeu d'une tragédie qui est d'abord, comme toute tragédie, une suite de choeurs offerts à Dionysos.
La traduction de Florence Dupont est philologiquement exacte et d'une limpidité parfaite. Plus rien de ce côté fumeux qui caractérise trop de traductions classiques.
Extrait du prologue :
ANTIGONE
Ismène, je t'aime. Tu es ma soeur, ma petite soeur,
Nous avons eu le même père, la même mère,
Et maintenant nous héritons ensemble des malheurs d'Oedipe,
Nous héritons ensemble des crimes de notre père.
Tant que nous vivrons toi et moi, tu le sais,
De cet héritage Zeus ne nous fera jamais grâce.
Je nous vois comme de pauvres filles...
Déjà, nous vivions dans la douleur
La honte et l'exclusion.
Nous sommes maudites, toi et moi,
Rien ne nous a été épargné.
Et voici qu'aujourd'hui on parle d'un édit que le général
Aurait fait proclamer partout dans la ville,
Un héraut l'aurait lu à tous les carrefours.
Tu n'as rien entendu dire ?
Tu n'as rien appris sur nos ennemis ?
Tu ne sais rien des malheurs qu'ils nous préparent ?
Contre nous et notre famille ?
ISMENE
Moi ?Non. Aucune nouvelle n'est venue jusqu'à moi,
Rien de nouveau pour notre famille,
Rien de rassurant, rien d'angoissant,
Hier nos deux frères se sont entre-tués
Et depuis leur mort, rien.
Enfin, si !
Je sais que l'armée argienne a disparu dans la nuit.
Ce matin elle n'était plus là.
Rien de plus.
Rien pour me réjouir, rien pour m'inquiéter.
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