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Les chants du monde : carnet de notes

Couverture du livre Les chants du monde : carnet de notes

Auteur : Nilda Fernandez

Date de saisie : 14/04/2007

Genre : Musique, Chansons

Editeur : Presses de la Renaissance, Paris, France

Collection : Société

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-7509-0312-1

GENCOD : 9782750903121

Sorti le : 01/03/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Nilda Fernandez est de retour. Devenu star de toutes les Russies, allergique à la question «pourquoi on ne vous voit plus ?», il publie son journal rédigé entre 2003 et 2005 dans son appartement moscovite, les compartiments du transsibérien, les coulisses des théâtres et les chambres d'hôtels du monde entier.
Il n'y respecte qu'une unité : celle du temps. Le reste change, sans transitions : ses facettes (chanteur, promeneur, producteur, metteur en scène...), ses pays (Russie, France, Cuba, Israël, Argentine...) et ses rencontres (Georges Moustaki à l'Olympia, Lopez-Nusa à La Havane, Francis Cabrel dans l'avion, Bertrand Delanoë et Claude Nougaro à Moscou, et tant d'autres à Paris...).
Pas de place pour les demi-teintes et les demi-jugements, l'auteur montre du doigt certains fléaux de nos sociétés modernes : la télévision qui prescrit, l'argent qui décide et l'humain apeuré. Même si, au bout du compte, ce sont la liberté, la confiance et l'amour qui prévalent.
Déguisées en journal, les aventures de Nilda aux pays des Soviets surprennent par leur style élaboré et leur portée philosophique. Des Chants du Monde qui font réfléchir.

Madrid, Madrid, Nos fiançailles, Innu Nikamu... le plus espagnol des chanteurs français, Nilda Fernandez, est là où on ne l'attend jamais. Révélé au début des années 90, il ne cesse de nous étonner. Par ses concerts, toujours soigneusement mis en scène, par une tournée en roulotte entre Barcelone et Paris, par ses mérites (Victoire de la Musique, Charles Cros, Sacem, médaille russe pour la coopération culturelle), par ses rencontres (Sting, Michel Camilo, Mercedes Sosa, Tomatito, Boris Moïsseev), par ses absences et ses retours (New York, Argentine, Russie, Cuba). Ces Chants du Monde sont sa deuxième expérience littéraire après le roman Ça repart pour un soliloque (Stock, 1998).





  • Les premières lignes

Avant tout

Septembre 2003

Eli est un homme aimable, cultivé. Dans une langue légèrement obsolète, on pourrait dire qu'il est déli­cieux avec son accent yiddish sur un français lent et cor­rect. En sortant de l'hôtel où il vient me chercher à moto, en deux phrases il retrace l'histoire de sa ville bâtie, selon lui, sur le rejet et la fuite des Palestiniens. Il m'assure que l'hôtel Hilton, sur cette plage à deux pas du Renaissance où nous sommes, plonge ses fondations dans un cimetière arabe. Tel-Aviv est une mémoire confuse, une ville dont on aimerait savoir si elle existe vraiment.

Eli s'explique avec la lumière éteinte du pessimisme. D'emblée, tandis que nous marchons sur l'avenue Ben Yahuda à la recherche d'un taxi, il me lance, un peu abrupt : «Je suis gauchiste, tu comprends ? Je ne sais pas si c'est important pour toi de le savoir», puis il enchaîne sur le nom de cette rue, sur ce Ben Yahuda linguiste qui a pétri l'hébreu pour en faire une langue telle que, déliés des versets de la Torah, les Juifs du monde entier y trou­vent de quoi se raconter des histoires, faire l'amour et des discours politiques, écrire des poèmes ou s'insulter.

Les parents d'Eli sont arrivés en 1949. Israël et lui ont presque le même âge. Et moi, je suis ici depuis trois jours pour des concerts avec Boris dans une dizaine de villes, devant des Russes très israéliens, même si on dit qu'à Novossibirsk, à Odessa ou à Minsk, contre une petite offrande à la synagogue on vous trouve facilement un air de famille avec Abraham ou Moïse. Boris ne l'ignore pas mais ça ne l'empêche pas de porter, tous les soirs, un petit toast où il se vante d'être Yevreï, même s'il ne sait pas très bien quand commence et finit le shabbat.

Je reviens de Jérusalem. Un aller-retour dans la jour­née avec quelques danseurs, l'ingénieur du son et le chauffeur de Boris. Une excursion en petit bus, menée par un Russe israélien, érudit de la ville historique. Après le Mur des Lamentations, avant de traverser le quartier arabe, il nous a rassemblés au coin d'une ruelle pour nous prévenir contre les mauvaises odeurs. J'ai attendu le passage sur l'autre rive, dans le quartier chrétien beaucoup plus triste et désolé, pour lui rappeler le «parfum» des allées d'immeubles moscovites ou les «arômes» du métro parisien.


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