Auteur : Jean-Jacques Antier
Date de saisie : 20/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Presses de la Cité, Paris, France
Collection : Romans Terres de France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-258-07243-5
GENCOD : 9782258072435
L'histoire d'un gardien du phare d'Armen, le plus dangereux au monde, situé au large de la pointe du Finistère.
Mars 1914. Gildas Kerdaniel réalise son rêve d'enfance : être gardien du phare d'Armen. Aux côtés du maître gardien Tréboul, il découvre un quotidien rude, à la merci des éléments : tempêtes, assaut incessant des vagues, rafales de vent, sans compter la solitude, l'enfermement et la folie qui guette... Des énigmes planent également sur le rocher : disparitions mystérieuses d'anciens gardiens, appels étranges dans le ciel étoile... Et cette menace qui pèse sur le monde : la guerre.
Pour Gildas, l'échappatoire a le doux visage d'Oanig. Mais de l'amour d'une femme ou de la passion de la mer, qui l'emportera dans le coeur du jeune homme ?
Jean-Jacques Antier décrit la vie incroyablement périlleuse des gardiens de phare avec une connaissance et un art du détail impressionnants. Un roman spectaculaire sur la mer, ses dangers, sa fascination, signé par l'un des meilleurs écrivains maritimes actuels.
La chaloupe à voile des Phares & Balises, Avec l'aide de Marie, c'est son nom, bondit dans les vagues de la chaussée de Sein, et mon coeur caracole avec elle. Je suis passé à l'avant, malgré les embruns qui me fouettent jusqu'au sang et me glacent et m'enchantent. La mer ! La mer, dans sa beauté, mais aussi dans sa violence lorsqu'elle rencontre et épouse la terre.
Je me retourne. Entre le foc et la grand-voile, j'aperçois au loin la pointe du Raz de Sein, blanche de l'écume des vagues qui se brisent sur cet ultime promontoire de l'Europe. Finis Terrae, l'extrémité de la terre, le Finistère, muraille de schiste, falaises coupées d'entailles, assaillies comme un château en ruine par l'assaut incessant des vagues.
A la barre franche, Jean-Noël Rozen, le patron de la chaloupe, me fait un signe d'encouragement. Je lui souris bravement et me retourne vers le large. Le ciel, dégagé par le vent, est pur comme un ciel de Provence sous le mistral. Alors, j'aperçois à l'horizon le phare d'Armen, mon phare !
Une vague de travers bouscule la chaloupe, qui fait une embardée. Mon coeur aussi a fait une embardée et je me sens reporté en arrière, le mois dernier ; je crois entendre la voix rude et obstinée de Jackez Gouesnach, le patron-pêcheur, capitaine du Tout-Gros, thonier de Douarnenez :
- Il te faudra choisir, petit ! Le phare ou ma fille !
La fille ou le phare ! Le phare ou la fille ! Oanig ! Mon coeur chavire. Je ne me reconnais plus. Mais, à vingt-deux ans, me suis-je jamais connu, moi, Gildas Kerdaniel ? Je me croyais indifférent à l'amour, ce sentiment étrange qui travaille les hommes, les jeunes comme les vieux, et leur fait commettre des folies. Au lycée de Douarnenez, puis à l'école des Gardiens de phare de Brest, les garçons ne pensaient qu'à l'amour. On se moquait de moi, occupé à autre chose ! Les filles d'Audierne, ma petite ville natale, me souriaient pourtant lorsque je revenais au pays. J'en étais troublé, flatté surtout, mais elles ne m'attiraient pas vraiment, comme si toute ma capacité de vivre et d'aimer se concentrait ailleurs. Je ne pensais qu'aux phares, omniprésents dans la vie de mon père. Après tout, un phare, c'est une érection de pierre au-dessus de la mer !
J'ai alors rencontré Oanig. C'était l'année dernière, en 1913. Seize ans, cheveux dorés, mousseux, débordant de la coiffe sur le front et la nuque, le teint clair, la peau blanche, le regard vert émeraude, la couleur que prend parfois la mer d'Iroise quand elle veut vous séduire. Ah, ses joues roses, rebondies comme des pommes !
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