Auteur : Dominique de Roux
Préface : Raymond Abellio | Georges Londeix
Date de saisie : 13/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Serpent à Plumes, Paris, France
Collection : Motifs, n° 286
Prix : 8.50 € / 55.76 F
ISBN : 978-2-268-06229-7
GENCOD : 9782268062297
Sorti le : 29/03/2007
Paru deux semaines avant la mort de Dominique de Roux, le 29 mars 1977, Le Cinquième Empire est un livre charnière. Couvrant une période historique qui va de l'automne 1973 au printemps 1976, il est nourri par l'engagement des dernières années de la vie de l'auteur, du Portugal à l'Afrique australe.
Ce roman allie fiction et chronique. Se joue de l'histoire et de la biographie pour révéler une vérité rebelle au simple journalisme. Et livre le dernier stade des réflexions de Dominique de Roux sur l'écriture et sur l'histoire : «Seul le roman transcende l'événement, devient l'événement.» Le roman ultime d'un écrivain qui, à l'instar de Malraux, s'est fait homme d'action.
A l'occasion du trentième anniversaire de la mort de Dominique de Roux, cette réédition en poche paraît parmi d'autres (chez Bourgois, à la Table Ronde). Les éditions Fayard publient un choix de sa correspondance générale sous le titre «Il faut partir», dans une édition établie et préfacée par Jean-Luc Barré, biographe de Dominique de Roux.
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Extrait de la préface de Raymond Abellio :
Dominique de Roux nous présente ici une vision romancée de la récente révolution portugaise telle qu'il l'a vécue, dans l'étrange climat d'irréalité où elle baigna. Toute révolution est un théâtre d'ombres, et celle-ci plus que toute autre abonda en personnages fantastiques et passagers, à l'imagination ardente et folle, qui crurent transformer en destin leur illusion du moment. Cette irréalité pourtant ne fut pas de leur seul fait, elle naquit de leur rencontre avec le lieu paradoxal de leur action, un Portugal immuable, fondamental, définitif que cette modernité révolutionnaire de simple importation ne concernait pas. C'est en visionnaire transcendant l'histoire que Dominique de Roux oppose à ces constructions nouvelles et instables ce mythe du «Cinquième Empire» qui naquit en même temps que le Portugal indépendant, lorsque son premier roi, Dom Afonso Henriques, fut proclamé sur le champ de bataille d'Ourique après sa victoire sur les Maures, en 1139, et que le Christ lui promit à cette occasion que son pays recevrait le royaume de la mer afin de transmettre au monde le message universel de son Dieu. Cinquième Empire, mythe de ce Portugal lui-même universel, missionné pour l'éternité et désormais comme fondu dans l'immense étendue océanique de son rêve, non point pays de conquérants ou de bâtisseurs, mais de découvreurs, de messagers, de navigateurs sans fin tenant leur raison d'être et leur force de cette absence de fin.
Apparentée aux conceptions millénaristes du moine calabrais Joachim de Flore qui, en ce même XIIe siècle, divisait l'histoire en trois règnes successifs et annonçait, après ceux du Père et du Fils, le royaume du Saint-Esprit, l'idée du Cinquième Empire les dépasse de loin, en ce sens qu'elle implique un complet retournement de l'histoire, et que cet empire n'est pas seulement celui de la Fin, mais d'une fin d'après la fin, toutes choses humaines consommées et consumées, et n'est donc concevable qu'après une apocalypse. «Plus grand sera le désastre, irrémédiable, plus le Cinquième Empire sera proche, le temps du Saint-Esprit», dit en pleine révolution la seule héroïne féminine du livre, à laquelle l'auteur, accentuant son côté mythique, donne d'ailleurs le même nom qu'au grand amour de Camões, cette Catarina de Ataïde que le poète cacha sous le nom de Natércia. Et, remettant alors à sa place la «tarentelle imbécile des capitaines», cette nouvelle Catarina de toujours conclut : «Tout ce scandale pour en revenir à rien !»
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