Auteur : Claude Duneton
Date de saisie : 20/04/2007
Genre : Langues
Editeur : Mots et Cie, Paris, France
Prix : 9.00 € / 59.04 F
ISBN : 978-2-913588-79-0
GENCOD : 9782913588790
Sorti le : 15/02/2007
Pourquoi peut-on dire entraîneur, mais pas entraîneuse ? Pourquoi certains masculins en "eur" ont-ils un féminin en "ice", tandis que d'autres le forment en "eure" et d'autres encore, en "euse" ? Pourquoi -ce qui n'a jamais été dit, ni écrit- le féminin en "euse" est-il péjoratif alors que celui en "trice" est valorisant ? Entre copieuse et bienfaitrice, notez la différence... Pourquoi enfin les féminins en "esse", autrefois très côtés, sont-ils devenus peu flatteurs ?
Dans cet essai au ton joyeux, Claude Duneton nous livre les clefs historiques des subtiles et complexes "formes féminines" du français. Que nous employons à bon ou mauvais escient, mais sans toujours en être conscients. Et il interroge l'évolution de notre langue au fur et à mesure que les métiers se féminisent et que la parité s'installe.
C'est en ayant choisi pour exergue un aphorisme mi-absurde mi-provocateur : "La principale différence entre l'homme et la femme, c'est la femme", que Claude Duneton, romancier, essayiste et chansonnier, nous met dès la première page en bouche ce savoureux opuscule, un rien iconoclaste et terriblement érudit, sur les "terminaisons dangereuses" en matière de masculin-féminin. Le sujet, on le sait, est sensible. Ce qu'on sait moins, c'est que ce souci du "politiquement correct" en matière de déclinaison du genre ne date pas d'hier...
D'une façon aussi enjouée - même s'il a un peu tendance à user et abuser de l'évocation du "jupon" - que documentée, ce gourmand de langage (Le Plaisir des mots, Denoël 2005, Guide du français familier, Seuil 1998, etc.) nous donne en effet les clés de certains de ces véritables mystères sémantiques...
Certes les féministes pures et dures resteront sans doute sur leur faim et se sentiront peut-être agacées par le parti pris de légèreté, mais peut-être aussi salueront-elles là un des trop rares essais féministes écrits par un homme. D'ailleurs, comme le fait remarquer l'auteur, citant Pierre Desproges, les Françaises ne sont pas si mal loties : imaginons-nous l'équivalent d'un "Françaises, Français" chez les Russes ou chez les Belges ?
Un joli refrain
Un joli refrain flâne et musarde dans la conscience des Français. Du moins chez ceux des Français qui ne sont pas tombés du berceau avec les derniers orages, et dont les tempes grisonnent un peu - allez, disons chez ceux qui portent encore des souliers le dimanche !... Ce refrain fait comme ça, sur une musique à trois temps, de valse joyeuse :
«Frou-frou... frou-frou !...
Par son jupon la fââââme !
Frou-frou... frou-frou !...»
Et caetera, un deux, et trois... parquet ciré... monsieur conduit... Frou-frou !... Frou-frou !... L'image qui saute à l'oeil instantanément est un jupon qui gonfle au vent de la valse. L'image réelle est celle d'une paire de fesses sous un jupon, sous le tissu soyeux du jupon. C'est ça la vie !...
Les paroles de la chanson chantées à tue-tête ou fredonnées par-ci par-là depuis plus de cent ans - eh oui, tout de même ! - tournicotent dans les têtes des valseurs sans frontière avec cette association indélébile : la femme - la fââââme ! - est d'abord un jupon. À la racine de nos pensées endormies rampe cette frivolité : le jupon c'est la femme, la femme c'est le jupon. L'équation est lovée au fond de notre cervelet...
Et que fait ce jupon ? - Il séduit, parbleu :
«Par son jupon la femme
Frou-frou... frou-frou...
De l'homme trouble l'âme...»
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