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Ce ne sont que des mots

Couverture du livre Ce ne sont que des mots

Auteur : Catharine McKinnon

Traducteur : Isabelle Croix | Jacqueline Lahana

Date de saisie : 11/04/2007

Genre : Sociologie, Société

Editeur : Des femmes-Antoinette Fouque, Paris, France

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 2-7210-0541-3

GENCOD : 9782721005410

Sorti le : 29/03/2007


  • La présentation de l'éditeur

CE NE SONT QUE DES MOTS

«Il n'existe aucune preuve étayant la thèse selon laquelle la pornographie ne cause pas de préjudices, et même les tribunaux ne cherchent plus de faux-fuyants devant ses ravages. Le scandale aujourd'hui, c'est que les préjudices qu'elle provoque constituent la preuve de sa puissance en tant qu'idée et, que, donc, elle doit être protégée au nom de la liberté d'expression. Ayant transformé des préjudices réels en idée de préjudice, et la discrimination en diffamation, les tribunaux nous disent en substance que, dans la mesure où les produits sont diffamatoires, c'est-à-dire contiennent des idées diffamatoires, ils doivent être protégés, même s'ils exer­cent une discrimination à l'encontre des femmes en usant de moyens qui vont de la réification au meurtre.»

C.A.M.

Catharine A. MacKinnon, docteure en droit et en sciences politiques, avocate à la Cour suprême, est l'une des grandes figures du féminisme américain. Ses nombreux ouvrages (dont Le Féminisme irréductible, publié en 2005 aux Éditions Des femmes-Antomeue Fouque) s'attaquent aux violences sexuelles faites aux femmes, et notamment à la pornographie.





  • Les premières lignes

DIFFAMATION ET DISCRIMINATION

Imaginez que, des siècles durant, vos traumatismes les plus profonds, vos souffrances et vos douleurs quotidiennes, les abus que vous avez subis et la terreur dans laquelle vous avez vécu soient demeurés incommunicables, inracontables. Quand vous étiez enfant, votre père vous plaquait au sol et vous couvrait la bouche pendant qu'un autre homme vous déchirait l'entrejambe. Devenue adulte, vous êtes attachée au lit par votre mari qui fait couler de la cire brûlante sur la pointe de vos seins et vous oblige à garder le sourire sous le regard des voyeurs qu'il a fait venir. Votre médecin refuse de vous donner les médicaments dont il vous a rendue dépendante tant que vous ne lui faites pas une fellation.
Vous ne pouvez en parler à personne. Dès que vous essayez de le faire, on vous rétorque que ces choses n'ont pas eu lieu, que vous les avez imaginées, voulues, aimées. C'est ce que disent les livres. Aucun livre ne décrit ce qui vous est arrivé. C'est ce que dit la loi. Aucune loi n'imagine ce qui vous a été infligé, ni comment. Votre vie durant, vous êtes prisonnière de l'écho culturel de ce vide qui devrait retentir de vos cris et résonner de vos paroles.
Au cours de ce millier d'années de silence, la caméra a été inventée pour vous filmer pendant que vous subissez ces choses. Vous l'entendez cliqueter ou ronronner en cadence, au rythme de votre douleur. Vous vivez en sachant que ces images sont vendues, échangées, projetées quelque part ou tout simplement conservées dans un tiroir. Ce qui vous a été infligé est immortalisé. Il les a ; quelqu'un, n'importe qui, vous a vue sur ces images, vous a vue là, dans ces postures. C'est intolérable.


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