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Le silence du nom : et autres essais : interprétation et pensée juive

Couverture du livre Le silence du nom : et autres essais : interprétation et pensée juive

Auteur : Esther Cohen

Préface : Catherine Chalier

Traducteur : Anne Picard

Date de saisie : 11/04/2007

Genre : Philosophie

Editeur : Des femmes-Antoinette Fouque, Paris, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-7210-0553-3

GENCOD : 9782721005533

Sorti le : 29/03/2007


  • La présentation de l'éditeur

«L'essence du langage, écrit Levinas, est amitié et hospi­talité. Et dans cette "maison" où habite l'homme, le nom propre est l'espace où la générosité du langage manifeste sa plus grande capacité d'accueil. C'est parce que nous sommes les hôtes du nom, humbles invités dans la maison du temps, que par la noblesse de la parole nous pouvons vivre notre vie. Le nom propre est notre première demeure dans le monde des hommes, le refuge vers lequel nous pousse le ventre maternel. En lui, et sans même en avoir conscience, nous survivons à l'arrachement originaire : en lui nous habitons le monde.»

E.C.

Esther Cohen est docteure en philosophie. Elle enseigne la critique littéraire à l'UNAM (Universidad Nacional Autónoma de Mexico). Elle est par ailleurs éditrice et traductrice. Le Corps du diable. Philosophes et sorcières à la Renaissance a été publié en 2004 (Lignes-Manifestes, éditions Léo Scheer).





  • Les premières lignes

Extrait de la préface de Catherine Chalier :

La Torah ressemble à une bien-aimée dont l'amoureux ne cesse de passer devant la porte, espérant qu'elle lui fasse signe. Le sachant, elle sort de son palais, elle lui découvre brièvement son visage, puis rentre chez elle. Ceux qui accompagnaient l'amoureux, trop distraits sans doute par ce qu'ils voient autour d'eux, ou trop absorbés par leurs soucis, n'ont rien perçu, lui seul l'a vue et son coeur s'en trouve d'autant plus enflammé. Ainsi, dit le Zohar (II, 99 a-b), chaque parole de la Torah ne se laisse découvrir, dans la force toujours nouvelle de son sens, qu'à celui qui l'aime et qui, constamment, ardemment, se tient aux aguets, près de chez elle, attendant, parfois très longtemps, qu'elle vienne lui faire signe. Cette parabole, citée par Esther Cohen, décrit combien la Kabbale, la tradition mystique d'Israël dont le Zohar est le livre par excellence, a une intuition très profonde du lien intime qui unit la Torah, soit le Livre des livres, à tous ceux et à toutes celles qui s'en approchent. Seuls les amoureux ont accès à ses significations cachées, les indifférents n'y ont pas part, eux qui, par affairement ou par ignorance, par prétention de savoir et par orgueil, restent étrangers au désir de découvrir ou de recevoir un surplus de sens qui, enfin, apaiserait leur nostalgie. Ils accompagnent parfois l'amoureux, mais en toute distraction, car ils ne sont pas habités par le pressentiment que ce surplus de sens est bien là, dans l'épaisseur de la lettre, qu'il se donne à ceux et à celles qui ont la patience d'interroger et dont la vie, passionnée, ne fait qu'une avec cette interrogation amoureuse.
Or, si elle reste étrangère à ce langage chevaleresque, pauvre en concepts car trop riche en images, la modernité philosophique, avec Benjamin, Levinas ou encore Derrida, rencontre certaines de ces intuitions majeures de la Kabbale. Ainsi, en plaçant la question de la lettre, de l'écriture, du livre, du nom, de la trace ou encore de l'absence de Dieu, mais aussi de l'amour et de la sexualité, au centre de leurs réflexions, ces philosophes retrouvent, à leur insu parfois, la force de ces intuitions ou de ces pressentiments mystiques.


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