Auteur : Rosie Pinhas-Delpuech
Date de saisie : 22/03/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Bleu autour, Saint-Pourçain-sur-Sioule, France
Collection : D'un lieu l'autre
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-912019-60-8
GENCOD : 9782912019608
Sorti le : 22/03/2007
De l'Espagne à l'Inquisition au Paris des années noires, via les vestiges juifs d'Andrinople, Rosie Pinhas-Delpuech enquête sur une figure énigmatique de son enfance, Anna, dont le destin a pesé sur le sien. Un détour nécessaire pour inscrire sa part d'étrangère dans la langue qu'elle habite, le français.
Après Suite byzantine (Bleu autour, 2003), ce récit est le second d'une trilogie où cet écrivain, née à Istanbul, résidant à Paris et traductrice de l'hébreu, explore son rapport au monde à travers le prisme de ses langues.
Rosie Pinhas-Delpuech, a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans à Istanbul, avant de partir pour la France, puis de passer une douzaine d'années en Israël et de revenir s'établir définitivement à Paris. Après avoir enseigné la littérature et la philosophie, elle est devenue traductrice et écrivain. Elle dirige la collection "lettres hébraïques" des éditions Actes Sud qui, en 1998, ont publié son premier texte littéraire, Insomnia, une traduction nocturne.
Cela pourrait être l'histoire d'une femme qui découvre, sur le tard, les fantômes que cachait son grenier. Ou encore un roman policier dont on ne voudrait pas dévoiler la fin tant celle-ci paraît invraisemblable. Mais Anna est l'histoire aussi tragique que véritable d'une femme devenue Anne, et d'une juive convertie qui dénonça les siens pendant l'Occupation. Cette histoire, Rosie Pinhas-Delpuech l'expose dans la seconde partie de son livre. En choisissant délibérément de reproduire les documents que sa tante Anna avait archivés, l'auteur se refuse à les commenter car, dit-elle, cela reviendrait à fausser les faits. Mais ce texte est bien plus que cela. Plongée dans l'Histoire, c'est aussi et avant tout la sienne que Rosie Pinhas-Delpuech, après Suite byzantine (éd. Bleu autour, 2003), continue de raconter, avec justesse et discrétion.
L'Arche
Mon père est mort un 31 octobre. J'ai eu un grand chagrin, je l'aimais. Mais je n'ai pas pu m'empêcher de rire de cette coïncidence de dates. Il est mort une veille de Toussaint, respectant avec zèle jusque dans sa mort les traditions d'un pays où il a vécu plus d'un quart de siècle. Mon père était un amoureux de la France et du français. Cet amour, comme son nom, il me les a transmis à ma naissance. Notre famille toute entière a vécu une histoire d'amour avec la France. L'une d'elles s'est mal terminée. Je suis née au loin, en terre et langue de France imaginaires, sur les cendres encore fumantes de cette histoire.
Je me souviens que le jour où il a hérité deux morts conformes aux coutumes de son pays d'adoption, mon père a commencé à aller au cimetière avec un pot de chrysanthèmes. Chez nous, on ne va pas au cimetière avec un pot de chrysanthèmes. On rend visite aux défunts occasionnellement, les fils quand il y en a récitent le kaddish en leur mémoire, famille ou amis déposent un petit caillou sur leur tombe, histoire de dire en langage de pierre sur pierre qu'on est passé, qu'on se souvient.
Si mon père a honoré à la manière française, catholique, la mémoire des deux morts qui un jour lui sont échus en héritage, c'est parce qu'ils n'étaient plus juifs. Convertis pendant la guerre pour échapper aux nazis - ce qui n'était pas gagné - ou pour d'autres raisons obscures que je me sens tenue d'explorer, ils étaient restés au sein de l'Eglise qui les avait accueillis et protégés.
A la mort de mon père, ces deux tombes familiales sont restées orphelines, sans personne sur terre pour penser à eux. Ce qui est pire encore qu'être sous terre.
Copyright : Studio 108 2004-2010 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli