Auteur : Philippe Pons | Pierre François Souyri
Date de saisie : 08/05/2007
Genre : Guides Tourisme, Voyages
Editeur : L. Levi, Paris, France
Collection : L'autre guide
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-86746-441-6
GENCOD : 9782867464416
Sorti le : 05/04/2007
Lorsque vous voyagez, vous vous posez mille questions sur les habitants du lieu que vous visitez, sur leur façon de vivre, sur leurs règles de conduite, sur leurs particularités ? L'Autre guide est alors pour vous ! Il ne vous fera découvrir ni les villes, ni les monuments, ni les oeuvres d'art... juste les hommes et les femmes, ces grands inconnus de vos voyages.
Le Japon ?
moderne sans être occidental, performant sans être matérialiste. Et aussi, au-delà d'un certain formalisme, chaleureux, truculent et bon enfant.
Grâce à ce guide, vous pourrez commencer à comprendre.
Philippe Pons, vit depuis de nombreuses années au Japon, où il est correspondant du Monde.
Professeur à l'INALCO, Pierre-François Souyri est aussi directeur de la Maison Franco-Japonaise à Tokyo.
Le dépays
Les peuples sont rarement ce que l'on dit qu'ils sont. L'étranger, a fortiori s'il vient d'une civilisation radicalement différente, dérange nos certitudes et l'on s'empresse de le ramener à nos catégories, de l'intégrer à notre vision du monde en évaluant ses moeurs à l'aune de nos références. Contrairement à la Chine de Mao, le Japon n'a pas suscité d'utopie politique - avec ce que cela a comporté de dérives. Dans son cas, les errements ont été d'un autre ordre : des archétypes de comportements supposés refléter un «esprit japonais» ont obscurci l'approche en évacuant l'histoire au profit de prétendus invariants culturels. Rarement un peuple aura suscité autant de clichés et de poncifs. Aussi, en arrivant dans l'archipel, faudra-t-il commencer par se vider la tête : oublier que le Japon serait une «société de consensus», que les Japonais seraient des «drogués de travail», qu'ils se suicideraient à tour de bras, que les femmes y seraient «soumises», que la démocratie aurait commencé avec l'occupation américaine et que, si ce pays change, il ne peut que converger vers nos modèles de société. Bref, il faudra s'essayer à «dépayser» sa pensée, comme y invite François Jullien pour la Chine, à rompre avec des réflexes assimilateurs pour s'ouvrir à d'autres manières d'être au monde avant de les juger. Les Japonais sont d'autant plus déroutants qu'ils nous sont, a priori, proches par leur modernité : tout (vêtements, infrastructures, modes de vie) nous est familier - sans l'être. Et c'est précisément en cela que l'appréhension d'équilibres sociaux et de cohérences mentales différents est difficile : i se forge au Japon une modernité, certes émule de la nôtre, mais déprise aussi de son «modèle». À l'extrême, ce Japon nous dépossède du monopole de modernité que nous pensions avoir. En cela, c'est un «dépays», selon la jolie expression du cinéaste Chris Marker. Le caractère contingent de notre propre modernité : voilà ce que le Japon nous permet d'entrevoir.
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