Auteur : Eli Flory
Date de saisie : 07/04/2007
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Archipel, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-84187-908-3
GENCOD : 9782841879083
On les appelle lesbiennes. Ou gouines. Mais, au-delà des mots et des idées reçues, qui sont vraiment ces femmes qui aiment les femmes ? Comment vivent-elles leur «différence» ?
Pour mener son enquête, Eli Flory s'est attachée à l'histoire, à l'imaginaire, aux codes, aux valeurs et à l'érotisme qui sont les leurs. Son enquête donne à entendre des femmes qui parlent sans tabou de leurs affinités, de leur communauté, avec ses signes de reconnaissance, son mode de vie et ses idéologies.
Eli Flory évoque les luttes des homosexuelles et la lesbophobie, dans une société française qui s'affiche pourtant gay friendly. Son enquête lève le voile sur un monde méconnu.
Née à Marseille en 1974, Eli Flory enseigne en banlieue parisienne. Elle collabore au Magazine des Livres et anime «Du coq à l'âne», un blog traitant de l'actualité littéraire.
«Savez-vous bien, femme étrange, que votre lettre me fait courir des frissons de plaisir... Vous dites que vous m'aimez, que je vous magnétise, que je vous mets en extase. Vous vous jouez de moi, peut-être ? Mais prenez garde à vous - depuis longtemps, j'ai le désir de me faire aimer passionnément d'une femme. [...] La femme a tant de puissance dans le coeur, dans l'imagination, tant de ressources dans l'esprit.
Flora Tristan, Lettre à Olympe C, 1er août 1839.
À chaque Marche des fiertés homosexuelles s'entend la même rengaine, dans la bouche de badauds médusés : «On ne savait pas qu'il y en avait autant !» Autant de quoi ? Autant de ces hommes et de ces femmes qui se rassemblent, une fois l'an, pour se montrer au grand jour amoureux, militants, festifs et fiers «d'en être». Fiers de leurs affinités électives, qui les font préférer, malgré les regards désapprobateurs et les railleries de certains, ceux et celles de leur sexe. Ces femmes qui aiment les femmes, qui sont-elles au juste ? Le déictique, s'il les inscrit dans le monde, les montre aussi du doigt. Sont-elles celles que l'on voit déambuler dans les rues, les samedis de la fin du mois de juin, enlacées l'une à l'autre ? Celles qui se cachent, dans le secret de leurs alcôves ? Celles qui, just married, courent rejoindre l'amie de toujours ? Celles qui le lundi couchent avec Pierre, le mardi avec Paul et le mercredi avec Sophie ? Celles qui en rêvent mais n'osent franchir le pas, celles qui le prétendent mais ne l'ont jamais fait ? Toute une constellation d'amantes, réelles comme fantasmées, nébuleuse complexe à appréhender, même doté de la meilleure des longues-vues. À cette cécité et à cet obscurantisme, une seule raison : aimer les femmes quand on est une femme, ça ne se voit pas, ni au front, ni aux plis d'une robe, ni aux pattes d'un pantalon. Ce qui se dit au coeur de certaines est invisible pour les yeux des autres. Ainsi, ces femmes, ce sont celles aussi que l'on a longtemps mises à l'index, oubliées de l'histoire officielle ou confinées aux manuels de tératologie, désignées comme des monstres ou des bêtes de foires. Désormais - autres temps, autres moeurs - ce sont les feuilles de chou et les talk-shows qui se sont emparés du «phénomène». Ces femmes qui aiment les femmes, c'est tendance, les magazines féminins ou les fanzines underground en font leur marronnier de saison. Celles qui retiennent surtout l'attention, ce sont «les lesbiennes d'un soir», comme s'il n'y avait pas une antinomie à rapprocher une désignation identitaire à une passade d'un jour. Car ces femmes qui aiment les femmes, c'est aussi une communauté, avec son histoire, ses codes, ses valeurs, ses signes de reconnaissance, son way of life, ses luttes et ses idéologies.
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