Auteur : Paul Beaufils
Date de saisie : 12/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Découvrance, La Rochelle, France
Prix : 10.50 € / 68.88 F
ISBN : 978-2-84265-510-5
GENCOD : 9782842655105
Un fragment de toile peinte découvert dans les rochers de Pen-ar-Parc, une histoire triste et tragique remonte à la mémoire d'un vieux pêcheur peu bavard.
Une femme, Suze, et deux artistes, l'un malade et l'autre infirme, se réfugient sur l'île pendant la guerre...
«... Il s'écria un matin :
- Suze, nous irons en Bretagne.
- Si tu veux, répondit celle-ci.
- En Bretagne... pour toujours ! reprit le peintre, appelant à son secours la réserve d'énergie accumulée.
- Pour toujours !... si tu veux ! accentua Suze.
- Ah bon ! fit Jos presque décontenancé d'avoir vaincu sans lutte.
Il continua :
- Nous nous fixerons à Bréhat, si tu veux ?...»
A Bréhat, en 1916, il y avait sur la falaise sud de la Corderie, près de Pen-ar-Parc, une petite demeure, toute seule au milieu des ajoncs. Elle se composait d'un corps de logis sans étage flanqué de la tourelle exhaussée d'un vieux moulin à vent, son toit de chaume s'accordait avec la teinte rougeâtre de la pierre. Des plantes grimpantes couvraient les murs ; un eucalyptus, des aloès, des cactus - surprenante végétation que l'on trouve dans cette île- poussaient au creux du jardin exposé au midi.
Le corps de logis avait sur sa façade une porte entre deux fenêtres et, au pignon sud, une large baie vis-à-vis du morne de Birlot. La tourelle fortement engagée entre les murs du logis se reliait à eux sans saillie, de façon à ne point laisser de prise aux vents ; elle dépassait le pignon nord d'un bon tiers de sa hauteur et comprenait un rez-de-chaussée et un étage.
Celui-ci, un atelier de peintre qui dominait l'horizon, avait de larges baies vitrées s'ouvrant à un mètre au-dessus du plancher. Du dehors, on eut dit la lanterne d'un phare, sauf que des cloisons de briques, alternées, et de mêmes dimensions que les baies, remplaçaient l'armature métallique. Au rez-de-chaussée, dont une porte à l'est permettait l'accès direct, la même disposition se répétait mais les ouvertures étaient moins grandes pour ne pas compromettre, sans doute, la solidité de l'édifice.
Cette maison habitée par le peintre Jos Trégourez, ancien élève du portraitiste Caurbon, et son amie Suze Martel s'élevait au bord de la falaise, au centre d'une lande inculte dont ils avaient respecté la sauvage poésie. Un muretin centenaire, écroulé par endroits, entourait la propriété, des fîcoïdes le couvraient en étendant les serpents verts de leurs branches. A droite, des blocs de pierre moussus s'érigeaient au point culminant de la côte, en face d'un îlot rattaché au rivage par des rocs tapissés de goémons roux ; leur base formait un banc naturel, poli par toutes les générations qui étaient venues s'y asseoir.
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