Auteur : Antoine Sénanque
Date de saisie : 26/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Collection : Roman
Prix : 16.90 € / 110.86 F
ISBN : 978-2-246-71721-8
GENCOD : 9782246717218
Sorti le : 01/03/2007
" Il faut avoir vécu une grande garde, l'avoir vécue seul, dans un chaos de sirènes, de sonneries, d'éclairs.
Seul, dans la caisse de résonance des urgences, le bruit des voitures, des chariots, dans les lumières blessantes des néons et des gyrophares... Lire dans les yeux des malades, comme on lit dans les mains, leur avenir, leur chance pour les douze heures de la nuit. Il faut savoir déchiffrer les destins dans les chairs, les entrailles. Il faut être plus que médecin. " Un interne en neurochirurgie, médecin sans vocation, observe la chorégraphie mécanique des urgences.
Au centre, le professeur Vadas, maître de l'acte opératoire, tout en silences, en équilibre instable. Dans la nuit du bloc, il y aura un geste de trop. Plusieurs vies se figeront au rendez-vous de la grande garde. Après Blouse, insufflant à son livre la mélancolie rebelle de personnages cruellement décrits, Antoine Sénanque nous donne ici le roman de la faute.
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Après Blouse (Grasset, 2004), son premier livre, un récit sur son activité de médecin - il est lui-même neurologue -, Antoine Sénanque s'essaye, dans La Grande Garde, au roman avec pour cadre exclusif le service de neurochirurgie de La Pitié-Salpêtrière, à Paris...
Epuisement, jalousie, conflit de pouvoir, faute, tout s'entremêle, s'entrechoque. On est au bout de la nuit et rien ne sera plus comme avant. Peu de romans ont su aussi bien dire la tension qui règne dans un bloc opératoire, les rapports de pouvoir dans un service de chirurgie, la vie à l'hôpital. La grandeur d'un médecin.
Bienvenue à bord des hôpitaux de Paris. Antoine Sénanque, auteur de Blouse, paru en 2004, embarque à nouveau son lecteur dans l'univers qu'il connaît, le monde médical. Ce roman est une plongée brutale dans les cales de l'hôpital, cargo fantôme suspendu entre la terre des vivants et le royaume des morts : au bloc de neurochirurgie. Dans la tête et les viscères des chirurgiens. Car les dieux du bistouri sont des êtres humains, faillibles, effroyablement faillibles...
Le livre, écrit à l'arraché, dans l'urgence, commence comme une comédie, mordante. Il met en scène les «mesquineries hospitalières», les rivalités de chefs notamment ; campe des portraits de chirurgiens entrés en médecine sans avoir la foi ; décrit les crimes des jeunes médecins classés sans suite ; brosse le tableau des «hocheurs de tête», ces praticiens qui entourent le patron sans jamais risquer un diagnostic. Quant aux malades, ils sont les figurants de cette pièce en deux actes - bien qu'ils en soient aussi l'enjeu.
Extrait du prologue :
Une seule garde mérite la grandeur. La garde de neurochirurgie. Il n'y a qu'à Paris qu'elle porte ce nom.
La grande garde.
J'ai connu les autres. Les gardes petites. Chirurgie générale, obstétrique, médecine.
La garde grande est neurochirurgicale.
C'est son titre officiel. Donné par des gens qui ne l'ont jamais prise.
Moi, si.
Au coeur des petites gardes, j'ai trouvé, comme d'autres internes, mon lot d'angoisse, de remords et d'estime. Le mélange nécessaire pour mûrir. L'émulsion.
La grande garde ne se mélange pas. Elle impose son pouvoir de dilution. Sa pureté.
Chaque médecin a sa garde. Pas toujours hospitalière. Souvent minuscule. Dans un coin de chambre, au fond des urgences cachées, dans des salles où l'on ne revient pas, en ville ou ailleurs, loin de chez soi. Une garde petite et grande à la fois où le bonheur se joue. Le calme des vieux jours, qui file, là, aux pieds d'un malade. Devant vous. Seul, responsable, négligent.
Il faut prendre très vite, très au sérieux, le métier de médecin.
La jeunesse n'est pas une excuse. Les médecins ne sont jamais jeunes.
Ma garde a été hospitalière. Neurochirurgicale. A Paris.
Ce n'était pas ma première grande garde. J'ai continué après elle, avec d'autres, plusieurs années, avant mon installation définitive.
(...)
Car quelqu'un est venu cette nuit-là.
Pour moi.
Je ne l'ai pas entendu. Je ne l'ai pas senti.
Il s'est glissé derrière le jeune homme que j'étais. Souplement. Sans révéler sa présence. Sans témoins pour le confondre.
Il s'est placé dans son dos, en ombre, attendant l'heure exacte.
Puis, d'un coup sec, il lui a brisé la nuque.
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