Auteur : Richard Robert
Date de saisie : 02/04/2007
Genre : Politique
Editeur : Michalon, Paris, France
Collection : Régénération
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-84186-407-2
GENCOD : 9782841864072
Sorti le : 22/03/2007
LA POSSIBILITÉ D'UN CENTRE
Le Pen disait «on me bâillonne», Bayrou dit «on ne m'écoute pas», saisissant au plus près le désarroi d'une société non pas intolérante, comme voudrait le taire croire le président du Front national, mais indifférente. Captant et incarnant ce sentiment jusque dans son parcours personnel, l'étendant de quelques catégories ciblées (professeurs, médecins) à l'ensemble du corps social, Bayrou accomplit un véritable tour de force sociologique et politique. En formulant la détresse de tous, il donne ce que tous réclament : de la reconnaissance. Sarkozy est un leader mais ne représente que lui-même. Bayrou n'est pas un leader, mais il représente. Il offre un monde commun. «Personne ne me demande mon avis», c'est son «je vous ai compris». Son discours est le lieu d'une restauration des hiérarchies, des rangs, de la «distinction» dont la société française reste au fond nostalgique. C'est en réalité sur ce terrain qu'il situe sa différence.
Normalien, historien des idées, Richard Robert a enseigné à la Sorbonne et à Sciences Po. Il écrit des chroniques économiques sur le site de Telos, think tank de la gauche réformiste, et collabore à la revue Esprit.
Nul ne sait encore comment finit cette histoire, mais elle commence par une claque. Nous sommes en 2002, dans une campagne présidentielle dominée par l'affrontement Chirac/Jospin. La silhouette familière du troisième homme hante déjà le débat, mais elle n'a pas le visage de François Bayrou. Jean-Pierre Chevènement, puis Jean-Marie Le Pen vont tour à tour en enfiler le costume, cultivant la posture énergique de celui qui sait dire non. L'un se réclame de la république, l'autre de la nation. Ils ont en partage un talent consommé pour jouer les contestataires tout en se situant résolument au centre du jeu, bien campés dans l'identité nationale. En novembre 2001, Chevènement est même un prétendant sérieux au deuxième tour. Il verra ses espérances se réduire à un score pour le moins modeste : 5,33 %, juste assez pour permettre à Le Pen d'y accéder.
François Bayrou alors n'existe pas, ou si peu. À la tête d'une UDF qui semble condamnée à jouer les forces d'appoint de l'UMP, il n'a guère le profil d'un président. Rien d'héroïque, rien de régalien. Son passé ministériel tient en une ligne, et s'il a défrayé la chronique en relançant la guerre scolaire en 1993, il est vite rentré dans le rang, donnant l'image d'un conservateur certes un peu moisi - la loi Falloux, quelle idée ! - mais pas dangereux. Le SNES conserve un bon souvenir de ce ministre désireux de ne plus faire de vagues. Pour se faire pardonner ses frasques, il a publié une biographie de Henri IV, apologie de la réconciliation qui est aussi un portrait de l'artiste en homme de paix.
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