Auteur : Ian Patterson
Traducteur : Raymond Clarinard
Date de saisie : 30/03/2007
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Ed. Héloïse d'Ormesson, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-35087-053-3
GENCOD : 9782350870533
Soixante-dix ans plus tard, nous vivons, hélas ! toujours à l'heure de Guernica.
À jamais inscrit dans la mémoire collective par le tableau de Picasso, le bombardement de Guernica, le 26 avril 1937, représente un tournant majeur dans l'Histoire. Ce déchaînement de violence gratuite sur la petite ville basque, qui ne constituait pas un objectif militaire, bouleverse les consciences. Et en faisant basculer le conflit, ce premier acte de guerre véritablement médiatisé se révèle d'une terrible efficacité. Depuis, d'Hiroshima au 11-Septembre, les civils sont de plus en plus souvent des cibles intentionnelles. La guerre est parmi nous.
Quelles répercussions ces conflits d'un nouveau type ont-ils dans le domaine de la propagande, de l'éthique et du droit international ? Comment faire face à cette nouvelle peur ? Ian Patterson, en démontant ce mécanisme de la terreur, nous éclaire.
Poète, traducteur, notamment de La Théorie des quatre mouvements de Charles Fourier et du Temps retrouvé de Proust, Ian Patterson (né en 1948) enseigne la littérature au Queens' Collège, à Cambridge.
Dans Guernica, la pièce de Fernando Arrabal, un des personnages est simplement présenté comme l'Écrivain. Tandis que des bombes tombent de temps à autre, gonflé de sa propre importance, il assène ses idées à un autre personnage, le Journaliste. «Ce peuple héroïque et paradoxal, reflet de l'esprit des poèmes de Lorca, des tableaux de Goya, des films de Buñuel, fait dans cette guerre terrible la démonstration de son courage, de sa capacité à souffrir, de [...] [Sa voix s'éteint.]» On l'entend de nouveau, plus tard, toujours sur le même thème : «Quel peuple complexe et pathétique ! Notez ça - non, disons que la complexité de ce peuple pathétique s'épanouit de façon spontanée dans cette guerre cruelle et fratricide. [Satisfait de lui-même.] Pas mal, hein ? [Il hésite.] Non, non, barrez cette phrase.» Et ainsi de suite. Son refrain, qui revient régulièrement, dit en substance : «Quel roman je vais tirer de tout cela. Quel roman ! Ou une pièce peut-être, voire un film. Et quel film !»
L'absurdité, l'autodérision et le comique ont beau être présents dans l'oeuvre d'Arrabal, elle met en lumière l'un des problèmes essentiels du monde moderne : Comment notre pensée, par le langage ou l'an, parvient-elle à faire face aux monstruosités de la guerre, en particulier à la force terrifiante des bombardements aériens ? Comment peut-elle exprimer la gamme de sentiments inexprimables tels que la terreur, le chagrin, l'angoisse, sans basculer dans le pompeux, l'exagération, le sentimentalisme ou, comme tant des films et documentaires qui ont suivi le désastre du 11-Septembre, sans être simplement incapables de rendre l'échelle et la portée de l'événement ?
L'une des idées les plus effrayantes à émerger au fil du XXe siècle a été celle de la guerre totale, cette conviction que le moyen le plus efficace de gagner les guerres était d'oblitérer, ou de menacer d'oblitérer la population civile des villes ennemies par un assaut dévastateur venu des airs. La première fois que cette idée a été mise en pratique, c'était à Guernica, en avril 1937. Sous certains aspects, cette première occurrence de la guerre aérienne a également été la plus frappante.
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