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Matelot

Couverture du livre Matelot

Auteur : Pierre Loti

Illustrateur : Olivier Jolivet

Date de saisie : 30/03/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Découvrance, La Rochelle, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-84265-469-6

GENCOD : 9782842654696

Sorti le : 16/01/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Apres son échec au concours de Navale, Jean Berny s'engage dans la marine marchande, comme simple matelot. Jean mène une existence difficile et rentre d'un voyage agonisant...

Après Mon frère Yves et Pêcheur d'Islande Matelot complète, en 1893, la trilogie des romans de la mer de Pierre Loti. C'est le moins connu, bien que l'auteur y ait transposé sa vie, ses peur : et ses fantasmes.

«... Et c'était fait depuis la veille, signé, définitif; il avait, sans rien dire, contracté un nouveau pacte avec le col bleu, pour cinq années !
A son réveil ce matin, il s'était tout de même senti angoissé, envahi comme d'un pressentiment de mort, en présence de cet acte irréparable.»

Cet ouvrage est illustré dans le texte par Olivier Jolivet.





  • Les premières lignes

Un enfant habillé en ange, - c'est-à-dire demi-nu, avec une fine petite chemise et, aux épaules, les deux ailes d'un pigeon blanc... C'était au beau soleil d'un mois de juin méridional, dans l'extrême Provence confinant à l'Italie. Il marchait, à une procession de Fête-Dieu, en compagnie de trois autres en costume pareil.
Les trois autres anges étaient blonds et cheminaient les yeux baissés, comme prenant au sérieux tout cela. Lui, le petit Jean, très brun au contraire et tout bouclé, le plus joli de tous et le plus fort, dévisageait comiquement ceux qui s'agenouillaient sur sa route, pas recueilli du tout et possédé d'une visible envie de s'amuser. Il avait l'air vigoureux et sain, des traits réguliers, un teint de fruit doré, et des sourcils comme deux petites bandes de velours noir. Son regard, candide et rieur, était resté plus enfantin, plus bébé encore que ne le comportaient ses six ou sept ans, et le bleu de ses yeux, grands ouverts entre de très longs cils, étonnait, avec ce minois de petit Arabe.
Ses parents, - une mère veuve, encore en deuil mais déjà sans le long voile, et un bon vieux grand-père en redingote noire, cravaté de blanc, - suivaient d'un peu loin dans la foule, le sourire heureux, fiers de voir qu'il était si gentil et d'entendre tout le monde le dire.
Pas très fortunés, cette maman et ce grand-père ; ne possédant guère qu'une maisonnette en ville et un petit bien de campagne où il y avait des orangers et des champs de roses ; apparentés, du reste, dans tout ce coin de France, avec des gens plus riches qu'eux, qui étaient des propriétaires ou des «parfumeurs» et qui les dédai­gnaient un peu. Ils étaient, ces Berny, une très nombreuse famille du pays, non croisée de sang étranger au moins depuis l'époque sarrasine, et leur type provençal avait pu se maintenir très pur. Depuis deux générations, ils faisaient partie de la bourgeoisie d'Antibes. Parmi leurs ascendants, quelques «capitaines marins» avaient couru la grande aventure du côté de Bourbon et des Indes ; aussi des hérédités, inquiétantes pour les mères, se révélaient-elles parfois chez les garçons.


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