Auteur : Marie-Noëlle Bonnet-Moureaux
Date de saisie : 30/03/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Geste, La Crèche, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-84561-308-9
GENCOD : 9782845613089
Sorti le : 14/03/2007
À la fin du XIXe siècle, Jeanne, enfant vive et sensible aux injustices, souffre de voir Rose, sa mère, contrainte de travailler au château. Dès l'enfance. Victor le jeune marquis, est sous l'emprise de Jeanne. Au fil des ans son amitié se transformera en une passion dévorante et il n'hésitera pas à lui offrir une vie de rêve pour tenter de la conquérir. Attachée à sa terre et aux siens, Jeanne n'en a pas moins soif de liberté et de savoir. Avec elle se dessine l'ébauche d'une femme moderne à la recherche de son indépendance. Ce roman foisonnant nous fait découvrir des personnages lumineux comme mademoiselle Birot, l'institutrice laïque. D'autres plus complexes comme la châtelaine Irène de Balloire, Eugénie ou l'abbé Chauvin, nous dévoilent leurs contradictions et leurs fragilités. En toile de fond, la nature est tantôt complice du labeur des hommes, tantôt hostile. Une sécheresse terrible va exacerber rivalités et tensions sous-jacentes. Écrasées par la lumière implacable d'un été de feu, les consciences sont mises à nu. De lourds secrets sont déterrés.
Après des études en Lettres Supérieures à Poitiers, l'auteur a été lectrice à l'université de Reading en Grande Bretagne. Professeur d'anglais dans les Deux-Sèvres, son département d'origine, elle puise son inspiration dans la terre de ses ancêtres installés depuis au moins six générations, en Anjou et aux Marches de l'Anjou.
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Jeanne avait fixé les étoiles toute la nuit. Il lui semblait que la douleur était moins insupportable, que les coups de couteau qu'elle sentait dans son ventre étaient moins vifs, que les astres l'aidaient à lutter. Elle n'aurait pas su dire pourquoi, peut-être même n'aurait-elle pas su le formuler, elle n'avait pas appris à le faire. À l'école, on n'enseignait pas ces choses-là. Personne d'ailleurs n'en parlait. Pourtant elle sentait qu'il y avait des liens un peu partout, tissés par les hommes et qui s'enroulaient autour des choses. Elle aurait voulu être plus précise dans ses pensées. Elle aimait les mots. Elle n'était pas restée longtemps à l'école mais elle avait adoré tracer les lettres sur les cahiers, apprendre les pleins et les déliés, jouer avec les courbes. Elle avait fait provision de mots nouveaux comme on fait provision de pommes et de bois avant l'hiver. Elle aimait à se les répéter. Sa mère et sa belle-mère s'affairaient dans la pièce adjacente. Henri était allé les chercher un peu tôt. Dès le soir il s'était inquiété de voir Jeanne si pâle. Il la trouvait affaiblie depuis quelques semaines. Elle avait un appétit d'oiseau.
- Tu ne manges rien, maugréait-il, en lui souriant, espérant ainsi l'encourager.
Et Jeanne répondait qu'elle n'avait pas faim. Cela ne faisait rien, le bébé poussait bien quand même.
- Je le sens bouger, ne te fais pas de souci.
Elle posait la main d'Henri sur son ventre et la guidait pour qu'il puisse suivre leur enfant qui jouait dans sa bulle. Elle Y appuyait davantage. Il n'osait pas de peur de leur faire mal et Jeanne riait.
- Tu ne peux pas nous faire de mal, répétait-elle.
Il l'aimait encore davantage. Elle lui faisait totalement confiance.
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