Auteur : Catherine Simon-Goulletquer
Date de saisie : 24/09/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Découvrance, La Rochelle, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-84265-489-4
GENCOD : 9782842654894
Sorti le : 16/01/2007
Pourquoi j'ai écrit «Vos papiers !» ?
Je nourris une passion pour la Russie depuis que je suis toute petite. Mon premier «grand livre» a été Michel Strogoff de Jules Verne. A l'adolescence, j'ai commencé à apprendre le russe. Et, quand j'ai rencontré Tatiana, sur les bancs de l'école de nos enfants, je l'ai trouvée si belle et mystérieuse que j'ai tout de suite eu envie de mieux la connaître. «Qu'est-ce qui a bien pu la pousser à atterrir à Rochefort/Mer avec son mari et ses enfants ?» me demandai-je.
Nous ne nous sommes pas revues pendant deux ans. Malgré tout, quelques bribes de leur existence me revinrent par mes enfants, qui côtoyaient les siens à l'école. J'ai su qu'ils avaient fui la guerre civile en Moldavie/Transnistrie. La Transnistrie, je ne savais même pas où c'était, je n'en avais jamais entendu parler.
Dans l'intervalle, j'ai publié mon premier livre, une biographie d'ostréicultrice («Femme de la Côte», Geste Editions) pour laquelle j'ai reçu le Prix littéraire des Mouettes en l'an 2000. J'avais envie d'écrire une nouvelle histoire de femme. Par ailleurs, comme j'avais été correspondante de presse à Washington quelques années plus tôt, je continuai à me passionner pour les relations internationales. Quand j'avais commencé à apprendre le russe, en 1973, tout était encore fermé à l'Est. En 1991, lorsque l'empire soviétique s'est effondré, j'étais encore aux Etats-Unis. Finalement, on ne savait pas grand-chose de ce que les Russes avaient vécu pendant presque un siècle de communisme, ni de la façon dont ils avaient vécu intérieurement cette dictature. Ecrire la vie de cette femme m'apparut alors l'occasion unique de jeter un éclairage sur l'histoire de ces gens et de cette région d'Europe centrale dont les déchirements ethniques et politiques continuent d'être ignorés du monde occidental.
Lorsque je retrouvai Tatiana, je lui proposai tout de suite d'écrire son histoire ; ce qu'elle accepta volontiers, à l'opposé de son mari. C'est ainsi que nous nous embarquâmes dans cette aventure si riche en émotions.
Grâce à elle, j'ai découvert un monde schizophrène : l'univers du dedans, avec des générations de femmes en particulier qui ont réussi à transmettre une richesse affective et spirituelle à la barbe du communisme et celui du dehors avec la violence policière, carcérale, les conflits, les guerres... Des sentiments profonds de peur, de douleur et de peine à travers lesquels il a bien fallu repasser pour pouvoir les écrire. Le système ne laisse pas indemne...
Aujourd'hui, où les media occidentaux se font de plus en plus l'écho du durcissement du système russe, je me dis que ça valait vraiment la peine d'écrire «Vos papiers !».
Catherine Simon Goulletquer
La perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev a deux ans, lorsque, en 1987, à Yalta, au bord de la mer Noire, Tatiana rencontre l'«homme à la chapka». Loin de l'existence protégée qu'elle menait dans cette ville, auprès de parents aimants et privilégiés par le régime, elle va le suivre en Moldavie. En même temps que l'amour, la jeune fille découvre alors la face sombre de son pays. Tandis que l'empire soviétique se craquelle, que montent le nationalisme, la haine du Russe et de l'étranger, la milice continue de persécuter celui qui, un jour, s'est opposé à la guerre en Afghanistan. Après avoir fondé une famille, connu de longs mois de peur, de vie traquée, de guerre civile, le couple se résout, à bout d'espoir, au départ précipité vers l'Ouest, la France.
A Rochefort, Tatiana fait la connaissance de Catherine...
Catherine Simon-Goulletquer, qui a recueilli le vécu de Tatiana, écrit ce témoignage d'une femme, bouleversant...
Jeune Soviétique à Yalta
C'était en février 1987, à Yalta, au bord de la mer Noire. J'avais dix-neuf ans et j'étais vendeuse en bijouterie. J'avais obtenu ce poste, à la fin de mes études, grâce à ma mère. A l'époque, elle travaillait à la librairie de l'hôtel Intourist, qui orientait ses clients étrangers vers les meilleurs établissements de la ville. Elle avait fait jouer ses relations personnelles pour me trouver cet emploi. J'aurais pu en dénicher un toute seule dans un magasin ordinaire, mais cela n'aurait pas été pareil, car cette bijouterie avait un caractère prestigieux. C'était la seule de la cité et sa situation sur le front de mer la rendait encore plus attrayante.
On y vendait des bijoux en or ou de provenance exotique, des montres ou encore de l'argenterie. Une vingtaine de personnes y travaillait. C'était une chance pour moi de débuter dans des circonstances aussi privilégiées, à l'heure où la perestroïka de Gorbatchev réduisait nos moyens d'existence.
D'ailleurs, c'est pour cette raison que j'étais entrée à l'école de commerce quatre ans plus tôt. Par goût, j'aurais préféré me tourner vers les beaux-arts. Toute petite déjà, je dessinais bien à l'école. Puis, il y avait eu ce maudit accident, et, pour exorciser mon chagrin, j'avais pris l'habitude de croquer tout ce qui me passait par la tête. Vers l'âge de quinze ans, je m'étais même inscrite à l'école d'art. J'y avais beaucoup appris au contact de professeurs talentueux. De l'hôtel Intourist, ma mère me rapportait aussi parfois des ouvrages d'art et de peinture qui m'émerveillaient. J'aurais aimé suivre cette formation qui s'échelonnait sur trois ou quatre ans. Mais, comme je fréquentais un lycée professionnel, je ne pouvais pas assister aux cours l'après-midi. Pour continuer, il aurait fallu que j'aille vivre dans une autre ville. Or, à la maison, aucun de nous n'était prêt à une telle séparation. Après l'épreuve que nous avions traversée, ni ma mère ni moi n'aurions pu nous imaginer vivre l'une sans l'autre.
Notre vie familiale avait en effet basculé, neuf ans plus tôt, quand nous vivions à Sartavala, en Carélie, tout au nord de la Russie. Un jour où ma mère était en train de broder dans son fauteuil, je m'approchai d'elle pour observer de plus près le motif de son ouvrage.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli