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René Char

Couverture du livre René Char

Auteur : Laurent Greilsamer | Paul Veyne

Date de saisie : 26/03/2007

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : CulturesFrance, Paris, France

Collection : Auteurs

Prix : 17.50 € / 114.79 F

ISBN : 978-2-35312-019-2

GENCOD : 9782353120192

Sorti le : 01/03/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Tout au long de sa vie, René Char a résisté.

Né le 14 juin 1907, sept ans avant la Première Guerre mondiale, il est mort peu avant la chute du mur de Berlin.
Cet ouvrage s'attache tant à l'oeuvre poétique de René Char qu'à suivre l'itinéraire d'un homme épris de liberté.
René Char naît dans le Vaucluse en 1907, à l'Isle-sur-la-Sorgue. Après une jeunesse agitée et révoltée, il rejoint en 1929 le groupe surréaliste, devient l'ami d'Éluard, de Picasso, puis se sépare peu à peu du groupe, tout en continuant à en partager les positions antifascistes. Il est mobilisé en 1939 et entre dans la clandestinité et la résistance armée dès 1941. Il s'y distingue par son courage et son sang-froid. Après la Libération, il renonce à toute carrière politique et publie deux recueils qui établissent sa renommée, Seuls demeurent (1945) et Le Poème pulvérisé (1947). Il devient l'ami d'Albert Camus, de Georges Braque et de Nicolas de Staël ; Pierre Boulez compose trois cantates sur ses poèmes.
En 1965, il organise une campagne de manifestations contre l'implantation en Haute Provence, d'une base de lancement de fusées atomiques. En 1978, il quitte Paris pour aller vivre non loin de l'Isle-sur-la-Sorgue, dans sa maison des Busclats, où il meurt le 19 février 1988. Il laisse derrière lui une oeuvre poétique majeure et le souvenir d'un personnage hors du commun.

La collection «Auteurs» présente des écrivains et des penseurs majeurs de langue française. Chaque ouvrage est confié à un ou plusieurs spécialistes et comporte un cahier iconographique et une bibliographie.

Paul Veyne est historien, professeur honoraire au Collège de France. Spécialiste de la Rome antique, il lui a consacré de nombreux ouvrages aux éditions du Seuil, notamment Le Pain et le Cirque (197 b). La Société romaine (1991) et L'Empire gréco romain (2005). Grand lecteur de René Char - dont il fut l'un des proches -, il a publié, aux éditions Gallimard, un essai consacré à sa poésie : René Char en ses poèmes (1990).

Laurent Greilsamer est journaliste au Monde. Il a publié trois biographies aux éditions Fayard. Hubert Beuve-Méry (1990).





  • La revue de presse

La police ne s'embarrasse pas de subtilités. Épin­gle dans les fichiers de la Sûreté générale comme un membre actif du groupe des surréalistes, il est consi­déré comme un extrémiste qui professe l'éradication du modèle social et politique existant. On le suit à la trace. Vichy s'impatiente de la lenteur des inspecteurs chargés d'enquêter sur ses relations et sur ses faits et gestes. Vichy s'énerve qu'on puisse lui expliquer, à l'échelon départemental, que René Char se tient tranquille. Fin 1940, une perquisition est finalement programmée aux Névons. Au petit matin du 20 décembre, à 6I115 précises, des inspecteurs traversent le parc et pénètrent dans la demeure familiale. Près de quatre heures plus tard, ils ne retiennent contre lui que la possession d'un pistolet automatique de calibre 6,35 et de six balles. René Char s'en tire bien. Au moment de se retirer, l'un des poli­ciers lui glisse : «Partez pendant qu'il est temps. Nous reviendrons dans quelques jours vous arrêter.»
Partir ? Quitter la France ne lui convient pas. Il rend pourtant visite à Marseille, à la villa Air-Bel, à ses anciens amis André Breton, Max Ernst, Marcel Duchamp, Victor Brauner, Oscar Dominguez. Tous attendent et espèrent obtenir un visa, un sésame pour le Nouveau Monde, outre-Atlantique. Man Ray, Yves Tanguy, Salvador Dali les ont précédés. René Char ne les juge pas, de même qu'il n'élève aucune critique. Mais il n'examine pas une seconde cette possibilité pour lui-même.
Il va, en revanche, très vite comprendre la néces­sité de quitter les Névons, de dresser un rideau de fumée entre lui et la police. Il suffit parfois de peu de choses. Une frontière départementale, par exemple. Établi dans le département du Vaucluse, il s'installe ainsi discrètement dans celui, voisin des Basses-Alpes, au-delà d'Apt, la préfecture, pour venir s'installer dans le village de Céreste dominé par un solide campanile.
Le choix de Céreste n'est pas précipité. Il est au contraire mûrement médité. Voilà plusieurs années que Char se rend dans ce pays sauvage pour y séjourner de longs mois.



  • Les premières lignes

Tout au long de sa vie, René Char a résisté. Et cette résis­tance a commencé très tôt, au sein même de sa famille et à l'école. Enfant, il est déjà rebelle. Adolescent, il devient révolté. Un itinéraire vif-argent. Né en 1907 dans un pays béni des dieux (la Provence, et plus précisément le Luberon, non loin d'Avignon), fils d'une famille bourgeoise qui règne en maître sur sa ville natale (L'Isle-sur-la-Sorgue), il s'oppose violemment dès la préadolescence à sa mère et à son frère aîné.
Tout commence à la mort de son père, industriel, patron de la société qui gère les plâtrières du départe­ment du Vaucluse, maire de L'Isle-sur-la-Sorgue. Il a onze ans. Longtemps après, il écrira : Je n'ai pleuré en vérité qu'une seule fois. Le soleil en disparaissant avait coupé ton visage. Ta tête avait roulé dans la fosse du ciel et je ne croyais plus au lendemain.
De ce jour, tout bascule. Il n'acceptera plus l'autorité de sa famille. Ou plus exactement, il se considérera pro­gressivement comme l'héritier légitime, le chef natu­rel, le représentant réel de la famille Char. Son frère aîné, Albert, de dix ans plus âgé que lui, et qui entend bien jouer ce rôle, se heurte à un mur. Ses ordres, ses brimades et ses coups sont subis comme autant de graves injures et d'insupportables humiliations.
C'est dans ces années-là, années capitales de la formation, que René Char s'insurge, mûrit sa vengeance, se prend à rêver de meurtre. Cela donnera ce demi-aveu sous forme d'un quatrain :

J'ai étranglé
Mon frère
Parce qu'il n'aimait pas dormir
La fenêtre ouverte

La poésie déguise ici la fureur et le ressentiment. René Char s'est construit contre ce frère qui deviendra au fil des années le symbole de tout ce qu'il déteste : le conformisme bourgeois, l'idéologie réactionnaire, l'arrogance de celui qui se veut porteur du droit d'aînesse.


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