Auteur : Giuseppe Conte
Traducteur : Monique Baccelli
Date de saisie : 31/05/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : L. Teper, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 2-916010-18-1
GENCOD : 9782916010182
Une histoire d'hommes en quête de liberté
En 1789, poussé par la misère, le jeune yann quitte sa Bretagne natale et s'embarque sur le Sainte-Anne. Garçon de carré, il observe avec naïveté et finesse les officiers et les membres de l'équipage, dont les deux figures essentielles sont Caterina, femme du Commandant, futile et intrigante, et Floriano di Santafiora, jeune noble, personnage étrange et fascinant, victime d'un lourd passe dont en ne découvrira qu'à la fin du roman les mystères. Après bien des aventures, yann et Floriano s'aperçoivent avec horreur que le Sainte-Anne est un négrier. Floriano organise une mutinerie et tonde avec les esclaves qu'il libère une République libre dans une zone déserte de la cote africaine.
Né en 1945 en Ligurie, Giuseppe Conte est à la fois poète et romancier. Très apprécié en Italie, il est l'inspirateur du mouvement Mitomodernismo, qui veut réintroduire le mythe dans l'art et la littérature. Il a déjà publié en Italie plusieurs recueils de poésie, des essais, des pièces de théâtre et une dizaine de romans.
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Comme un hommage à Conrad et à Melville, Giuseppe Conte nous raconte l'histoire d'une utopie sanglante. L'action se situe peu après l'ouverture des états généraux à Versailles, en mai 1789, et donc durant ce qui prépare et suit la Révolution française. Les protagonistes de son roman ne seront pourtant pas les témoins de cette Révolution, mais ses contemporains, ses acteurs en d'autres lieux. C'est en mer, sur le Sainte-Anne, que le mousse Yann Kerguennec, jeune paysan breton originaire de Carnac, va découvrir à la fois le règne du mal et le combat que l'esprit libertaire peut entreprendre contre lui. Lointainement inspiré du récit que Daniel Defoe publia en 1724, sous le nom de "Captain Johnson", dans son Histoire générale des plus fameux pyrates, ce roman d'un poète hanté par les voyages et les mythes imagine une suite à ce rêve d'une république libre, qui unirait les races et les peuples et appliquerait un code d'égalité, de respect mutuel des citoyens, de partage des biens et d'abolition des privilèges et des pouvoirs...
On sent à la lecture de ce généreux récit d'aventures, qui renoue avec la noblesse de ton des grands romans marins anglo-saxons, qu'un poète en est l'auteur. Admirateur et traducteur de D.H. Lawrence, Giuseppe Conte décrit les rapports humains (amitié passionnelle entre hommes, parfois teintée de sensualité, désir impérieux pour les femmes, soif de justice sociale, répulsion pour toute forme de racisme) sur cet exemple. Il a par ailleurs une extraordinaire aisance naturelle dans le récit d'aventures, mais en dépouillant sa narration de toute pesanteur, de toute convention, de tout stéréotype, même dans la description de sentiments violents.
Après un hiver des plus froids et des plus désastreux, des narcisses avaient fleuri sur les rives des étangs et des touffes de marguerites dans les champs ; le soleil, le pâle soleil de notre ciel plus souvent couleur de lait que bleu, avait percé, et moi j'étais en route pour la ville de Nantes. Plus d'un demi-siècle s'est écoulé, et il s'en est passé des choses, et rien ni personne n'est comme alors ; mais ces jours-là, je dois les inscrire en lettres de feu dans ma mémoire, parce que c'est alors que tout a commencé. Le 3 mai 1789, deux jours avant l'ouverture des États Généraux, le Roi reçut à Versailles les représentants des trois États, pas tous ensemble, comme on l'attendait, ou répartis selon leurs provinces d'origine, non, la cour imposa de vieux cérémoniaux pleins de poussière et de toiles d'araignées, de vieilles règles plus moisies qu'une croûte de fromage moisi, uniquement pour infliger quelques humiliations aux représentants du Tiers État. Pour frapper les plus faibles, sans penser que sous peu ils deviendraient les plus forts et donneraient des leçons au Roi, en prison avec ses conseillers, et à la Reine plus qu'à tous les autres. Avocats, notaires, médecins, élus dans toutes les provinces de France, le Tiers État compte cinq cent cinquante membres, et ni le Roi ni la Reine ne leur accordent une parole, ni même un regard attentif, ils les laissent passer devant eux comme de fastidieux insectes noirs... Le Roi pense aux daims qu'il va poursuivre dans les bois, en grand chasseur qu'il est, la Reine fait une grimace d'ennui... que n'est-elle pas obligée de voir qu'elle n'aurait jamais été obligée de voir à Vienne. Le lendemain, il y a la Messe et la Procession dans les rues de Versailles, la foule venue de Paris est immense, il y a même des gens sur les toits, et de toutes les fenêtres pendent des tapis, des tapisseries, des couvre-lits dorés ; derrière le Saint Sacrement, le clergé et les nobles se pavanent dans leurs habits de pourpre, avec leurs bijoux et leurs épées étincelantes, et ceux du Tiers État défilent en rangs serrés, ils sont les plus nombreux, dignes dans leurs vêtements sombres, les seuls à recevoir les applaudissements de la foule qui laisse passer les autres dans le silence le plus glacial. Une femme - les femmes, pour le peu que je suis arrivé à en savoir, ont une sorte de génie, le don de piquer avec les mots, bien mieux que nous ne savons le faire, nous les hommes - crie en se tournant vers la Reine : «Vive le Duc d'Orléans !», justement lui, son ennemi.
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