Auteur : Pierre Aubé
Date de saisie : 23/03/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Histoire
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-213-63243-8
GENCOD : 9782213632438
Sorti le : 07/03/2007
Dans la lutte entre les chrétiens de Terre sainte et les musulmans conduits par Nûr ad-Dîn, puis Saladin, Renaud de Châtillon, prince d'Antioche puis seigneur d'Outre-Jourdain, un nouveau venu, est un «héros» paradoxal. Sa méconnaissance d'un Orient complexe et sa brutalité lui aliènent des soutiens habituels. Prisonnier dans Alep pendant quinze ans, il rumine sa haine de l'Islam. Libéré, devenu conseiller du prince, maître des grandes routes commerciales, il pousse la hardiesse jusqu'à lancer une expédition terrestre et navale contre La Mecque. L'émotion, dans le monde musulman, est profonde et durable. Artisan de l'élection de Guy de Lusignan, un homme neuf lui aussi, comme roi de Jérusalem, il le pousse à en découdre avec Saladin. Au soir de la bataille de Hattîn, le 4 juillet 1187, le sultan l'exécute de sa main.
Les chroniques décrivent un cadet de famille venu du Gâtinais tenter ses chances en Orient. Par deux fois, il épouse une «héritière» - un moyen d'ascension sociale fort commun au XIIe siècle -, au nom de qui il exerce un pouvoir considérable. Elles évoquent aussi un homme brave entre tous, téméraire, exalté, qui incarne à la perfection l'idéal de chevalerie imaginé par Bernard de Clairvaux : «S'il meurt, c'est pour son bien, s'il tue, c'est pour le Christ». Bien des contemporains l'ont perçu ainsi. Il importait de dégager de cette figure emblématique ce qu'elle pouvait receler d'exemplarité, mais aussi de fanatisme, voire de germes pervers.
Fort d'une connaissance intime des sources occidentales comme orientales, Pierre Aube scrute avec acuité, mais sans complaisance, les traces d'un croisé trop méconnu, dont la mort coïncide avec celle d'un rêve démesuré.
Médiéviste, professeur à Rouen pendant trente ans, Pierre Aube a publié des ouvrages constamment réédités et traduits en plusieurs langues, parmi lesquels : Godefroy de Bouillon, Thomas Becket, Baudouin IV de Jérusalem, le roi lépreux, Les Empires normands d'Orient ou Roger II de Sicile, et un surprenant Éloge du mouton. A son dernier ouvrage, une monumentale biographie de Bernard de Clairvaux (Fayard, 2003), l'Académie française a décerné son grand prix de la biographie historique.
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Au seuil
Il n'est pas dit qui il était
Dans le rêve qui fut le sien.
Et l'ombre qui l'attend, patiente,
Est la vie où il exista.
Fernando Pessoa, Poèmes ésotériques et métaphysiques.
La croisade, si l'on excepte quelques cénacles passablement faisandés, ne suscite plus guère les passions du monde occidental. Le décri aura même, de façon notoire, précédé les querelles qui agitent les experts autour du fait colonial, avec quoi elle a quelques attaches, pourtant.
Elle n'en est pas moins un objet d'histoire. On se doit de reconnaître que l'affaire est tout sauf simple, que des bibliothèques entières ont été consacrées à un phénomène qui, suscité par l'Eglise, est en désaccord total avec l'esprit et la lettre de l'Evangile. Les malheurs des temps ont fait, sans qu'on en puisse être surpris, qu'elle a été soumise à de nouveaux questionnements. Ainsi aura-t-il fallu attendre le début du XXIe siècle pour qu'un historien de haute volée, au terme d'une étude impeccable, se risque à donner du phénomène une définition tout à la fois simple et dépourvue de mollesse comme d'ambiguïtés : «La croisade est une "guerre sainte" ayant pour objectif la récupération du tombeau du Christ à Jérusalem, premier lieu saint de la chrétienté.» Ce qui lui permettait de conclure, ailleurs, que nous n'avons pas fini de récolter, d'une notion aussi malsaine, «les fruits vénéneux».
Cette tension, présente au coeur de l'homme médiéval pour qui le Ciel n'est jamais très loin de la terre, a suscité un conflit violent, d'une totale nouveauté, avec une partie du monde considérée et choisie comme l'altérité absolue, avant d'alimenter des rêves prégnants et durables. Elle a laissé, dans un Orient touché au vif, un souvenir angoissé sur quoi sont venus se greffer, l'histoire s'accélérant, d'innombrables motifs d'aigreur.
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