Auteur : David Payne
Traducteur : Virginie Buhl
Date de saisie : 28/06/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Belfond, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-7144-4230-7
GENCOD : 9782714442307
Envoûtante, foisonnante, Wando Passo est une oeuvre stupéfiante d'imagination et de profondeur, dont la magistrale construction croise deux époques reliées par un subtil jeu de correspondances. Amour, racisme, inceste, jalousie, vengeance, un roman puissant, imprégné de la sensualité tourmentée du vieux Sud, sur l'esclavage et la liberté.
Après une douloureuse séparation qui l'a laissé à la dérive, Ransom Hill, ex-gloire du rock, est de retour à Wando Passo, l'ancienne plantation familiale, pour une ultime tentative de réconciliation avec Claire, sa femme, qu'il n'a jamais cessé d'aimer.
Mais Claire a changé, elle est distante, rêveuse, et Ransom sent qu'elle s'éloigne inexorablement. Ses soupçons se portent sur Marcel, l'ancien batteur du groupe. Obsédé par un sentiment de trahison, saisi par l'inquiétante étrangeté qui règne sur Wando Passo, Ransom perd pied.
La découverte d'un chaudron brûlant rempli d'objets singuliers va le plonger dans l'histoire de Wando Passo : une histoire marquée par le scandale et la tragédie vécus par la famille DeLay à l'aube de la guerre de Sécession.
Cent quarante ans plus tard, l'histoire pourrait bien se répéter...
Traduit de l'américain par Virginie Buhl.
Notre rocker d'aujourd'hui et une jeune femme esseulée d'autrefois racontent, en alternance. Envoûtements, rites encore plus sorciers que le culte vaudou, mettent leur grain de folie. Il n'est plus question d'honorer les ancêtres. Il est avéré que les défunts sont parmi nous, à l'égal des vivants. Nul doute qu'ils aient inspiré David Payne.
Les romans de David Payne sont de puissantes machines à rêver...
Couples à la dérive, secrets de famille, trahisons, disparitions mystérieuses, rites vaudous, etc. Quel luxe ! Quelle profusion narrative ! On se laisse entraîner par la prose persuasive de David Payne sans se poser de questions. Les réponses, de toute façon, sont fournies sur un plateau. C'est épatant.
Mêlant suspense et magie noire, Payne signe un roman qui résonne comme un gospel : une sarabande magnifique où les démons d'hier et d'aujourd'hui se rassemblent dans les décors flamboyants - et souvent maléfiques - du Deep South cher à Faulkner.
Aujourd'hui, avec Wando Passo, l'écrivain boucle un cycle de vingt-cinq années d'écriture et nous donne une nouvelle saga romanesque ambitieuse située en Caroline du Sud, de la guerre de Sécession à nos jours. Un livre qu'il a mis cinq ans à écrire dont un an et demi passé en recherches sur la période, mais aussi sur le palo mayombe, le houdou, les croyances contemporaines au Congo et à Cuba... Autant d'éléments qui viennent enrichir une histoire dans laquelle il est aussi question d'amour et de trahison, de blues et de rock'n'roll, et de poésie...
D'une intrigue à l'autre, c'est toute l'histoire du Sud esclavagiste, avec son lot d'humiliations, de préjugés, et de haines solides qu'évoque Payne : «Quoi qu'il arrive, nous, les Sudistes, nous sommes coupables, avoue-t-il, avant d'ajouter : notre littérature doit à cette malédiction sa richesse.» Le romancier, passé maître dans l'art de fouiller les caractères, de bétonner les intrigues, d'exacerber les sentiments, réussit, une fois encore, à accrocher le lecteur, passant, sans encombres, des rituels d'envoûtements aux querelles sur les racines du rock, de la poésie de Wordworth aux combats de la guerre de Sécession.
RANSOM HILL ÉTAIT TOMBÉ ÉPERDUMENT AMOUREUX de sa propre femme. Si le moindre doute à ce sujet avait subsisté en lui, il se dissipa à Myrtle Beach quand il arriva à l'aéroport où Claire l'attendait avec les enfants. Grand et mince comme il ne l'avait plus été depuis le lycée, Ran portait son beau manteau noir qui empestait encore la cigarette, bien qu'il eût arrêté de fumer en prévision de ce voyage (le premier de nombreux sacrifices qu'il était prêt à consentir). Son jean avachi était retenu par une ceinture concho dans laquelle il avait récemment dû percer trois trous supplémentaires, et la semelle décollée d'une de ses bottes Tony Lama claquait à chacun de ses pas. En revanche, son Stetson -son tout nouveau Stetson blanc à trois cents dollars qu'il avait eu le sentiment d'avoir mérité dès le premier regard - était aussi éclatant, aussi serein, aussi imposant qu'un cumulus de fin d'été. Il abritait, sous de mémorables yeux bleus, deux cernes comme tracés au charbon, ceux que le père Fouettard réserve aux rock stars déchues et autres pécheurs invétérés, qui tranchaient sur son éternelle pâleur de New-Yorkais. Comme toujours, Ran trimbalait deux guitares, celles que Claire appelait «les soeurs Gibson» ou bien «la maîtresse et la régulière». Les traits de son visage fatigué mais encore séduisant semblaient épurés par ses souffrances récentes, dont lui seul, et Dieu peut-être, pouvait être tenu pour responsable. Quand il déboucha en haut de la passerelle, un peu essoufflé, avec cette semelle qui battait le sol, il ressemblait à un homme ayant récemment purgé une peine en enfer, et là-bas, au bout du tunnel, baignée d'une lumière paradisiaque, Claire l'attendait. Finalement, le paradis se trouvait en Caroline du Sud. Qui l'eût cru ?
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