Auteur : René Tissot
Date de saisie : 20/03/2007
Genre : Psychiatrie
Editeur : Persée, Cogolin, France
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-35216-023-65
GENCOD : 9782352160236
Visité par cette «voyageuse de nuit» qu'est la vieillesse, espérons que pour nous «découvrir le ciel brillant» elle ne nous cachera pas la terre. La retraite met à distance les aléas du cours des jours ; elle permet d'entrevoir des horizons plus larges. Du coup, les perspectives qui s'ouvrent sont davantage celles du sujet épistémique du constructivisme relativiste que celles du sujet en soi et surtout que celles du subjectivisme transcendantal de la phénoménologie. Comment parvenir à ce que le transcendant ne masque pas l'accidentel et réciproquement ; que le synchronique ne dissimule pas le diachronique et réciproquement ; à éviter d'être le jouet des rets ou de la cire de Dédale ?
Nous souhaitons réunir dans ce livre les questions qui ont hanté les vingt dernières années de notre vie de praticien, de chercheur et d'enseignant. Beaucoup ont déjà été abordées dans des articles disséminés et dans deux livres : Introduction à la psychiatrie biologique, Masson 1978, Fonction symbolique et psychopathologie, Masson 1984. Certains de ces textes sont repris ici sans grand changement. Nous ne sommes pas suspects de nous désintéresser de la psychiatrie biologique au sens étroit du terme. La majorité de nos publications y sont consacrées. Mais, une fois perdu le contact avec ses tenants, avec la recherche journalière, elle se diversifie si vite, à défaut d'avancer à grands pas, qu'il serait présomptueux de vouloir en faire la synthèse.
Il n'en va pas de même de la clinique et de la psychopathologie. Leurs évolutions sont plus lentes et les révolutions dont elles paraissent être l'objet ont des supports métaphysiques si évidents, qu'il semble possible de les recenser et de les circonscrire, sinon d'en dominer la nature. Présomption ? Peut-être. Les lecteurs en jugeront. Ce projet, qui tend à faire la synthèse des étapes de notre réflexion se déroulant sur plus de vingt ans, comportera nécessairement des répétitions. Mais, après tout, celles-ci ne sont-elles pas à la base de la pédagogie ?
René Tissot est né au Locle (Jura neuchâtelois) en 1927. Professeur honoraire de l'Université de Genève, il a fait ses études de médecine à Lausanne et Paris, a enseigné aux Facultés de Genève et Marseille, fut directeur de recherche au CNRS de Marseille. Il est l'auteur de plusieurs livres de neuropsychiatrie.
De la complexité : un concept renouvelé, aussi bien dans les sciences exactes qu'en biologie et dans les sciences humaines
Pour mieux comprendre les symptômes de ses patients, symptômes qui sont toujours l'aboutissement d'une histoire et non d'une fatalité, le psychiatre doit, dans toute la mesure du possible, tenir compte de l'évolution actuelle de la notion de complexité.
En qualité de clinicien, restons d'abord dans notre domaine. De nombreux neuropsychiatres se réclamèrent du holisme, si vilipendé qu'il soit, de nos jours, par maints biologistes. On peut citer, entre autres, parmi les fondateurs de cette notion : Head, Mourgue et Von Monakow ou encore Pierre Marie, pour qui l'associationnisme, le cerveau polypier d'images de Taine, devait être définitivement oublié. On se demande, par quelle aberration de pensée, de nombreux cliniciens contemporains, à la suite de Geschwind et de son connexionnisme et des biologistes aussi en pointe que Monod et Changeux, au nom d'un cartésianisme frelaté, sont revenus à un associationnisme pur et dur.
A tout seigneur, tout honneur, nous ferons référence à K. Goldstein. «La structure de l'organisme est un tout, écrit-il, la description de segments de ce tout est intéressante mais dans la mesure où elle s'intègre dans le tout». On retrouve donc bien chez Goldstein l'antienne du holisme : le tout n'est pas égal à la somme de ses parties. Pour illustrer cet aphorisme célèbre, on pourrait choisir, dans l'oeuvre de Goldstein, de nombreux exemples. Arrêtons-nous à celui des lésions corticales. La déstructuration et la restructuration du «tout» des fonctions corticales vont dépendre des localisations des lésions. Goldstein distingue un cortex périphérique qu'il oppose au cortex central.
Le premier comporte les aires de représentations motrices et sensorielles. Elles sont caractérisées par une correspondance point pour point avec les organes moteurs et sensoriels de la périphérie. Leur organisation n'est pas très complexe. Leurs lésions entraînent un important ou un total déficit moteur ou sensoriel, sans atteinte ou presque des fonctions complexes du cortex central : une hémiplégie, une hémianopsie, mais sans trouble intellectuel ni aphaso-practo-gnosique. Ces déficits, à moins que les lésions correspondantes soient réversibles, ne présentent pas ou que très peu de récupération.
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